[Compte-rendu] Masterclass STORY de Robert McKee – Paris 2017

La semaine dernière,  j’ai eu la chance d’assister à la masterclass « STORY » de Robert McKee. Il s’agit d’une Masterclass sur l’écriture de scénario et sur l’Écriture,  la structure narrative en général.

Le « mentor de la narration », Robert McKee, sollicité aux quatre coins du globe depuis plus de 30 ans, était donc de retour à Paris, avec une nouveauté : une journée supplémentaire était dédiée aux scénarios de séries TV.
Personnellement je n’ai suivi « que » les 4 jours de formation, ce qui représente tout de même plus de 30 heures de formation.
Cette formation, en traduction simultanée de l’anglais vers le français, a eu lieu du 21 novembre au 25 novembre 2017 au cinéma le Balzac sur les Champs Élysées.

Ma photo souvenir de Robert McKee en action !

Robert McKee, un personnage de cinéma… ou de série TV ! (la forme)

 

Robert McKee, c’est une légende.
Il est tellement connu outre Atlantique qu’il apparaît (incarné par Brian Cox), dans « Adaptation » de Spike Jonze.

 

McKee fait également une apparition dans l’épisode 19 « The Caper Chase » de la saison 28 des « Simpsons« ( 2 avril 2017).
Traduction : « Puis-je venir à votre séminaire, Monsieur McKee ? – Oui, Homer, Marge sera impressionnée !  »  ©Matt Groening / FOX

Forcément, on éprouve de la curiosité pour ce gourou du storytelling qui a pour devise : « Il y a l’art et la manière pour raconter une histoire. L’art appartenant à chacun, la manière s’apprend et s’acquiert.  »

Robert McKee, c’est un personnage impressionnant, un showman capable de nous tenir en haleine, tel un ténor du barreau. Imaginez-vous, à 76 ans, subjuguer des centaines de personnes pendant plus de 8 heures par jour !
Certaines personnes auraient eu une sorte de révélation après son séminaire, d’autres en seraient sorties en larmes, et depuis des années, chaque masterclass se termine sous un tonnerre d’applaudissements à défaut d’une giga-standing ovation. Kirk Douglas, John Cleese,Lawrence Kasdan ont assisté à un ou plusieurs de ses séminaires. Côté français on peut citer Mathieu Demy, Dany Boon, Michel Hazanavicius, Frédéric LopezAnne Roumanoff,

Malgré tout, McKee ne brosse pas son audience dans le sens du poil (litote), il ne promet pas la lune, il ne nous dit pas qu’on va écrire un film en 3 semaines, ou qu’il peut nous apprendre à écrire. Il peut aussi provoquer l’audience ou réprimander quelqu’un qui l’interrompt.

Dès le début, d’ailleurs, il instaure ses règles : tout d’abord ne pas enregistrer ou filmer « STORY »( – « Achetez mon livre ‘STORY’ ! » :))

Chaque session de « STORY » a une durée précise : entre 1h30 et 1h45.
Les pauses (au nombre de deux par jour) dureront 30 minutes maximum. La pause déjeuner sera longue – selon lui – : 1h à 1h30. Et les questions se feront durant les pauses.Ceci pour ne pas perdre du temps.
Pour l’interactivité, on repassera, prévoyez donc de noter vos questions.
Sachez aussi que Robert McKee refusera de vous écouter si vous racontez votre vie, si vous lui demandez quel est son film favori – même si on pourrait penser qu’il s’agit de « Casablanca »… Enfin, il ne veut pas être sollicité pour une conversation, des questions de marketing et surtout ne veut pas donner son avis sur une œuvre que vous avez en cours… On n’est pas dans le film « Adaptation » !

Voilà vous êtes prévenus… voici en tout cas, un entretien réalisé par l’organisateur de l’événement, Dixit, qui répond déjà à  cinq questions. (Source: dixit.fr)

McKee et la mécanique du récit.

Quel bilan dresser pour le contenu de STORY ?

L’argument de l’organisateur, les éditions Dixit (Dixit Formation) est le suivant :

« Plus qu’une leçon de cinéma, plus qu’une « méthode » d’écriture, plus qu’un cours magistral, Story est LA formation indispensable à tous ceux qui s’intéressent à l’Ecriture. »

De l’idée originelle au scénario définitif, McKee analyse toutes les étapes de l’écriture d’un scénario, décomplexe les auteurs et offre les clés indispensables pour éviter les pièges, fuir les clichés, et toucher les spectateurs. La masterclass de Mc Kee est en effet censée une portée universelle et offre une boîte à outils pour analyser et écrire tout type de récit. »

Promesses tenues ?

Oui, l’objectif est atteint en ce qui me concerne.

 

Je m’explique :  je suis venue à la masterclass l’esprit ouvert, sans idée de scénario ou de roman en tête, bref sans œuvre en cours …
D’ailleurs je ne sais pas si un jour j’écrirai un scénario ou une œuvre littéraire.
En revanche, la masterclass m’a permis d’affiner une grille d’analyse d’œuvres cinématographiques et de grappiller quelques principes rédactionnels fort utiles.
D’ailleurs le public n’était pas composé que de scénaristes. Réalisateurs, apprentis romanciers, auteurs pour la radio, comédiens, des étudiants en cinéma, étaient venus à Paris des quatre coins de la planète (Namibie, Turquie, Irlande, Italie…) pour écouter l’Américain.
Il y aurait aussi parmi les participants des personnes travaillant dans le marketing,  ou encore des avocats qui souhaitent perfectionner leurs compétences en storytelling.

Robert Mc Kee décomplexe également les participants, notamment les apprentis auteurs, afin qu’ils évitent les dramaturgies impersonnelles. Car la personne que nous connaissons le mieux, c’est bien nous-mêmes. Surtout il ne faut chercher à rendre hommage, à copier, à reproduire une formule magique. Si on reste « à l’extérieur », si on copie, on n’aura pas de sensation d’authenticité, on aura des clichés.

Mc Kee nous livre bien ses théories, mais il nous dit qu’il ne faut pas se conformer sans recul à ses principes. Ainsi il cite des exemples et des contre- exemples d’œuvres ne respectant pas forcément une structure en trois actes -ou que sais-je-, et pourtant ce sont des œuvres admirables selon lui. Ces conseils sont pleins de bon sens.

Robert McKee aborde en profondeur toutes les strates de l’écriture… Alors si comme moi vous n’avez pas de scénario à construire,  vous ne vous sentirez pas directement concerné. Ce n’est pas grave, il en reste quelque chose, vous aurez au moins affiné votre regard critique… D’ailleurs, j’ai l’impression que cela a influencé ma vision ou mon analyse de certains films.

Vous trouverez en bas de cet article le programme complet de la masterclass. En réalité McKee n’a pas forcément abordé les points dans cet ordre et il a plus développé certaines notions que d’autres.

Mais ce qui est intéressant chez Mc Kee, et ce qu’il faut retenir à mon sens,  c’est qu’il nous fait nous poser les bonnes questions.

Par exemple, pour la caractérisation des personnages ?  Il ne faut pas se demander  » Si mon personnage était dans cette situation, que ferait-il ?  » car, dans ce cas, on est en dehors de la scène.

Il ne faut pas aussi se dire « Si j’étais dans cette situation, que ferais-je ? » car nous ne sommes pas le personnage, mais se poser la question suivante « Si j’étais le personnage dans cette situation, que ferais-je ? »

On part de l’intérieur vers l’extérieur, c’est ce qui donne de l’authenticité, on doit maîtriser parfaitement son sujet, faire des recherches,  être le  » dieu »du monde qu’on a inventé.
On crée en partant de soi, mais pas en tant que soi, en tant que personnage. On pense EN (tant que) personnage.

Dans son intervention, Robert McKee traite de l’écriture d’un scénario pour le cinéma, mais aussi pour la télévision (il y consacre même une journée supplémentaire, il parle aussi de théâtre et de littérature.  On n’écrit pas de la même manière si on écrit un roman ou un scénario.

En revanche, ses conseils marchent pour tous les médias… Notamment le principe selon lequel une histoire fonctionne en alternant les valeurs positives et négatives. Les personnages, sous pression, font des choix et des actions qui vont faire changer l’action en positif ou négatif…  Le happy end, ce sera la résolution positive pour le personnage principal. Pour une fin pessimiste la valeur négative l’emportera. Enfin, il existe des fins ironiques contenant à la fois du négatif et du positif ( « Casablanca » par exemple).

A ce sujet, McKee a abordé – mais juste abordé à mon grand regret-  le sujet épineux de l’adaptation d’une pièce de théâtre ou d’un roman. Il a conseillé de regarder le travail d’adaptation fourni par Ruth Prawer Jhabvala.Citons les films de James Ivory dont elle a écrit le scénario : « Chambre avec vue « (A Room with a View) , d’après le roman de E. M. Forster,  « Retour à Howards End » (Howards End), toujours d’après un roman de E. M. Forster. Et enfin, « Les Vestiges du jour », d’après le roman de Kazuo Ishiguro

Bref, j’ai eu l’impression de retourner sur les bancs de la fac, sauf que cette fois j’étais assise dans un confortable siège de cinéma et qu’il n’y avait pas d’examen à passer.

J’ai pris énormément de notes, je ne pourrais pas vous faire une liste de tous les films abordés. Cela va de « Star Wars« , « Terminator », à « Ordinary People »de Robert Redford en passant  par « Chinatown » de Roman Polanski, « Kramer contre Kramer » de Robert Benton ou encore « Voyage au bout de l’enfer » de Michael Cimino.

Tous les genres sont abordés : drame, comédies, romance, policier, science fiction … « Mes meilleures amies« , »Persona », « Rambo« , les « James Bond », « Dirty Harry », « In the mood for love », « Big« , « My Dinner with André »,  « Les Gardiens de la Galaxie« , « Her« , « Very Bad trip », « the Reader », « Seven », »Star Wars » (1 et 2)  ont tous été cités à un moment.

McKee est très tranché dans ses jugements, et n’hésite pas à dire que « Titanic » de James Cameron, « c’est de la m… » !

Côté films récents, il a évoque « The Florida Project » (pour lui, c’est un grand OUI) et « CALL ME BY YOUR NAME » ( pour McKee c’est « clichés sur clichés »).

Affiche française de Casablanca.

Enfin,  parlons de l’apothéose, « Casablanca » de Michael Curtiz  a été diffusé intégralement vendredi 24 novembre, pour une analyse séquence par séquence – cela représente une analyse d’environ 6 heures. C’est le moment que j’ai préféré : McKee a décrypté les dialogues ou le sous-texte, l’intrigue principale et les sous intrigues, la mise en scène, les costumes, les symboles contenus dans le film

Ainsi,  Rick (Humphrey Bogart)  symbolise  l’Amérique , et son bar le Monde entier. Rick souhaite rester neutre pendant la seconde Guerre Mondiale (« I stick my neck out for no man. » ) à l’image des U.S.A. au début de la guerre, mais au final il finira par s’engager à nouveau.

Si vous avez le scénario, c’est encore mieux, vous pourrez l’annoter.

Les analyses de séquences de « Casablanca«  par McKee resteront dans les mémoires des participants, en tout cas dans la mienne. Grande leçon de cinéma, absolument passionnante, je regrette juste de ne pas avoir eu le temps de noter le schéma de l’intrigue…

J’ai trouvé une vidéo résumant quelques théories/analyses de Robert McKee sur le film, notamment un décryptage des dialogues entre Rick et Ilsa (Ingrid Bergman) dans un marché.

 Masterclass très intense, « Story » fut pour moi une bonne expérience …

Je n’ai pas assisté à la journée du samedi 25 novembre consacrée à la Série TV (Tv Day). Robert McKee  a en effet dédié une journée entière aux « outils à mettre en place pour maîtriser la construction narrative des séries. », en s’appuyant sur la dernière saison de « Breaking Bad »

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Les liens STORY  :

STORY 2017

STORY de Robert McKee
au cinéma Le Balzac, Paris 8ème

Mardi 21 novembre au samedi 25  novembre 2017

(durée : 5 jours – 40 heures)

Organisé par DIXIT, en partenariat avec le Film Français

PROGRAMME STORY

Mardi 21 novembre 2017 : L’AUTEUR ET L’ART DU RÉCIT


8h15 – 8h45
Enregistrement / Badge

9h – 18h30
• LE PROBLÈME DE L’HISTOIRE : déclin de l’histoire dans les films contemporains, le théâtre, la prose : les relations de l’auteur avec lui même, l’art et l’humanité.
• LE SPECTRE DE LA STRUCTURE : une structure dans la structure : rythme, scène, séquence, acte, histoire. Cartographie de l’univers de l’histoire : intrigue principale, intrigue secondaire, anti-intrigue
• STRUCTURE ET DÉCOR Le monde de l’histoire, la guerre contre les clichés
• STRUCTURE ET GENRE Limites et inspirations, conventions de décor, conventions de rôle, conventions d’événement, conventions de valeurs.
• STRUCTURE ET PERSONNAGES le grand débat
• STRUCTURE ET SIGNIFICATION Comment la signification des histoiress’exprime-t’elle : l’idée initiale, l’idée directrice, l’idée contradictoire
• SENS ET CRÉATIVITÉ
• STRUCTURE ET PUBLIC
• LA SUBSTANCE DE L’HISTOIRE mettre en forme la source de l’énergie narrative et de la création. Écrire de l’intérieur vers l’extérieur.

Mercredi 22 novembre 2017 : LES PRINCIPES DE LA FORME NARRATIVE


9h – 18h30
• LA CONCEPTION DES ACTES :Structure en 5 parties : le monde de l’histoire , l’incident déclencheur, complications progressives, Climax, Résolution, Coincidence
• LA CONCEPTION DES SCENES – Pivots dramatiques; amorces et chutes dramatiques (Set-up/Pay off)
• LES LIENS ENTRE L’HISTOIRES ET LE PUBLIC stratégies pour provoquer l’intérêt
• LES DYNAMIQUES ÉMOTIONNELLES – La nature du choix
• COMPOSITION – l’ordre et l’enchaînement des scènes
• EXPRIMER LA PROGRESSION – Élargir, approfondir, construisez juqu’à l’archétype
• LE PRINCIPE D’ANTAGONISME– Conduire l’histoire jusqu’à sa limite

Jeudi 23 novembre 2017 : LES PRINCIPES DE LA FORME NARRATIVE


9h – 18h30
• CRISE, CLIMAX, RÉSOLUTION : décisions finales, action finale, clôture
• EXPOSITION – La dramatisation de l’information
• PROBLÈMES ET SOLUTIONS – Logique et coincidence, Mystère/Suspense/Ironie dramatique, curiosité and Inquiétude, Texte and Sous-texte
• PERSONNAGE : les principes de la dimension du personnage et la conception du casting
• DIALOGUE – L’art de action verbale
• GENRES – Le spectre des genres

Vendredi 24 novembre 2017


9h – 18h30
• LES ADAPTATIONS — Adapter les histoires à l’écran
• IRONIE, MÉLODRAME
• FAUSSES FINS
• DESCRIPTION – Mettre le film dans la tête du lecteur
• LES SYSTEMES D’IMAGE SYSTEMS — Internes et Externes
• LA MÉTHODE DE L’AUTEUR – Le processus créatif d l’inspiration à la version finale
• MISE EN APPLICATION DES PRINCIPES – analyse de six heures scène par scène de Casablanca

Samedi 25 novembre 2017 : L’ART DE LA SÉRIE TV


Cette journée peut-être suivie indépendamment des 4 premiers jours.

9h – 18h30
• L’ART DE LA SÉRIE TV : en s’appuyant sur l’analyse détaillée du final de la saison 4 de BREAKING BAD Robert McKee vous fournira les outils et les compétences indispensables à l’écriture de scénario TV.

 

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