[Critique] Mud de Jeff Nichols avec Matthew McConaughey

Mud – Sur les rives du Mississippi,  22 e film de la compétition de Cannes 2012 , avait reçu de bonnes critiques à l’époque. On saluait la performance sensible de Matthew McConaughey, présent également à Cannes avec Paperboy. Presque un an après sa diffusion cannoise, le film de Jeff Nichols, après être passé à Sundance, arrive dans nos salles de cinéma. Avis.

Synopsis

Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les deux adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

 

 

 CRITIQUE

Et au milieu coule un fleuve…

Jeff Nichols, réalisateur du très réussi Take Shelter et de Shotgun stories, nous raconte cette fois l’histoire d’un vagabond et de deux gamins qui croient en l’amour… Un grand récit classique américain doté d’un regard enfantin sur le monde, avec en prime des images magnifiques et contemplatives du fleuve Mississippi.

Mud est magnifiquement filmé et interprété.
Le réalisateur filme l’eau et les paysages de l’Arkansas de façon certes classique mais efficace. Et que dire de ce bateau dans les arbres ? Superbe idée de cinéma ! Même si le rythme du film est plutôt lent, on ne peut qualifier Mud de film  fleuve. Il ne dure pas 3 heures, mais 2h10… Personnellement j’en aurais bien enlevé  15 minutes.Cependant, comme l’action se resserre à la fin, je ne me suis pas ennuyée. On a tout le temps de profiter de la balade que nous propose Nicholls et de faire connaissance avec les personnages du film, très bien campés.

Matthew McConaughey  trouve dans le personnage de Mud l’un de ses plus beaux rôles : accent local, dent cassée, tatouage de serpent, chemise porte bonheur … ce pourrait être  Huckleberry Finn. Ou son père, car tout comme  lui,  il a un croix dans l’empreinte du talon de ses bottes. Pour le rôle, l’acteur aurait vécu dans une tente. On le sent à l’aise avec ce rôle sympathique mais ambigu. Se sert -il des gamins? A -t-il menti sur tout ? Matthew / Mud est à la fois séduisant et paumé, courageux et fragile, droit mais manipulateur… Les deux garçons – en particulier le jeune héros incarné par Tye Sheridan- sont à la hauteur de Matthew McConaughey. Pour ce rôle d’Ellis, ado timide qui se bat comme un homme,Tye Sheridan (interprète de The Tree of Life ) aurait mérité un prix d’interprétation tant son jeu est juste. L’autre garçon surnommé Neckbone (le débutant Jacob Lofland ) fait fortement penser à un jeune River Phoenix. Il possède une gouaille et une gueule de cinéma. Quant à Reese Witherspoon, elle prouve qu’elle peut sortir des comédies romantiques et interpréter des personnages plus sombres. Enfin, le trop rare Sam Shepard et Michael Shannon, toujours fidèle à Jeff Nichols, sont savoureux dans leurs second rôles. Les interprètes des parents désabusés du jeune Ellis (Sarah Paulson et ), sont très justes. On sent  que leur couple se désagrège, et leur amour pour leur fils, en quelques mots.

 

Un récit classique … très référencé.

True Grit, Stand by me,  la Nuit du chasseur, et aussi le premier Benh Zeitlin,  Les bêtes du Sud Sauvage… Dans les trois premiers ont a un côté road movie et buddy movie... Quant au dernier, il a en commun de  montrer à travers le regard d’un enfant, l’Amérique profonde  et ses marginaux au grand coeur… On retrouve les accents et l’attachement à la terre et à l’eau de ces personnages simples. Mais lorsque Zeitlin en rajoute dans l’émotion et les effets de caméra, Nicholls adopte une approche presque académique.

Du côté français, j’ai pensé au magnifique Fleuve de Jean Renoir, non pas tant la description de la nature en Inde et celle de la société de  l’époque, mais parce que les deux films traitent d’un récit initiatique et des premiers émois adolescents. Et bien entendu parce qu’au milieu des sentiments se trouve un fleuve.

Récit initiatique, le film s’inspire évidemment de Mark Twain, de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn… De jeunes héros  intrépides, qui veulent croire jusqu’au bout que l’amour, l’amitié  et l’aventure sont possibles et vaincront tout.

En conclusion : 

MUD est un  très beau film,  digne des classiques américains. J’avais beaucoup aimé Take Shelter également… Un grand récit classique – doté un regard d’enfant et d’ images magnifiques du fleuve Mississippi. L’interprétation est excellente ! J’ai noté cependant un léger problème de rythme, même si ce côté contemplatif est voulu par Jeff Nichols. Le jeune réalisateur nous montre que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais que l’important c’est d’aimer.

MUD 

Réalisé par Jeff Nichols

Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland , Sam Shepard,Reese Witherspoon

Date de sortie : 1 mai 2013 (Ad vitam)

2h 10 min

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