[Avis] JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan – Cannes 2016

Encore une fois, Xavier Dolan divise avec  « Juste la Fin du Monde.  Certains n’ont vu que de l’hystérie dans le Grand Prix du dernier Festival de Cannes...  Le jeune réalisateur québécois agace et fascine, c’est certain. Voici mon ressenti sur le film.

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Synopsis : Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancœurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

 

Avis : Juste la fin du monde : « Je ne te comprends pas, mais je t’aime ! » (moi non plus).

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 3 femmes, 2 hommes, 1 famille, 1 lourd secret.

Famille je vous aime et vous hais !
Voilà ce que semble dire Xavier Dolan, dans ce film.

Dans « Juste la fin du monde », on assiste à un drame familial, inspiré de la pièce du même nom du dramaturge Jean-Luc Lagarce, une pièce ayant des aspects autobiographiques- Lagarce, décédé à 36 ans, étant  atteint du sida lorsqu’il rédigea cette pièce à Berlin dans les années 90.
L’histoire imaginée par Lagarce décrit une famille dysfonctionnelle, des conflits de génération, des secrets de famille le tout sur fond de maladie.

Il paraît que Dolan a changé de nombreux éléments de la pièce de Lagarce – notamment il aurait supprimé le dernier acte… mais j’ai l’impression qu’il en garde toute la cruauté… J’ai aussi l’impression qu’il a injecté une bonne dose d’humour et de symbolisme.
Cette description cruelle de la cellule familiale a gagné à être transposée sur grand écran.

Une chose est certaine : ce qui compte dans cette fiction, c’est avant tout le jeu des acteurs. dans ce quasi huis-clos, Xavier Dolan ne pouvait nous faire sortir du cadre comme dans « Mommy » ou faire tomber flotter les cheveux des héroïnes au vent, encore moins couvrir de linges colorés ses héros…  Le spectateur devait se sentir prisonnier de cette lourde ambiance familiale. Et le cinéaste réussit parfaitement à nous faire ressentir le malaise de Louis, le héros, qui tente de délivrer son terrible message. Nous sommes parfois mal à l’aise, prisonniers de discussions qui au final ne disent rien,ou plutôt tout, sauf l’essentiel !
Car « Juste la fin du monde » traite surtout du silence qui peut être meurtrier, de l’incapacité à communiquer, des non-dits …

Mais Dolan s’autorise aussi un peu de fantaisie, que ce soit dans des flash-backs très forts en émotion. La chanson d’O-Zone « Dragostea Din Tei » ou un vieux matelas fonctionnent comme une Madeleine de Proust, à la recherche du temps perdu, de l’enfance, et des amours adolescentes… Le tout avec un beau  flou artistique, une lumière travaillée : c’est beau, c’est du Dolan pur jus.

Également, et comme pour aller à l’encontre de la pièce de théâtre originelle, le jeune réalisateur multiplie les gros plans.
On notera le motif de l’horloge, et une colorimétrie évoluant de tons froids, bleutés  comme ceux d’une cabine d’avion aux tons chauds d »un soleil au zénith…

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Côté interprétation, le spectateur est servi : on a une belle « brochette » d’acteurs reconnus, parfois oscarisés ou césarisés.

Gaspard Ulliel, fragile et d’une grande sobriété, incarne Louis, le jeune homme qui doit annoncer sa mort prochaine à ses proches.

Nathalie Baye, fait son « show » avec brio dans le rôle de la mère excessive et désabusée« forte en gueule » . On pourra la trouver ridicule, exacerbée à l’extrême – pourtant lorsqu’elle lâche : « Je ne te comprends pas, mais je t’aime ! » et qu’elle étreint, grâce à un prétexte futile, son fils prodigue, on fond…

Léa Seydoux est bien loin du glamour de «Spectre ». L’actrice est presque sans maquillage, mal fagotée, à la fois touchante, désemparée, cynique, à fleur de peau ( d’ailleurs elle a les deux bras tatoués de fleurs…). Elle joue la petite sœur qui admire Louis, son frère dramaturge parti il y a 12 ans, et lui reproche son manque d’intérêt pour elle, ses cartes postales impersonnelles…

Il y a la pièce rapportée, la discrète Catherine, que le reste de la famille voit en nunuche timide… Bien entendu la femme d’Antoine le grand frère est loin d’être idiote et c’est peut-être celle qui « arrivera » à dire le plus de choses à Louis, mine de rien.

Elle semble aussi avoir découvert le secret de Louis…  Cette Catherine constitue un très beau rôle pour Marion Cotillard, tout en bégaiement ( cela en énervera certains) et en délicatesse.

Enfin, il y a Vincent Cassel, excellent en passif – agressif,  grand frère dans l’ombre du fils préféré… on le prend pour un connard indélicat.Les injures fusent chez Antoine, il bout, il va exploser- mais comment pourrait-il garder son sang froid par une chaleur torride, alors qu’il ravale sa colère et son ressentiment depuis 12 ans ?  Il ne veut pas que son frère s’exprime, par peur de souffrir… Vers la fin du film, on se demande d’ailleurs si Antoine n’a pas fait qu’endosser un rôle de méchant pour éviter d’avoir encore plus mal, et de blesser encore plus sa famille.

Car le film de Dolan nous laisse interpréter les attitudes des héros, et aussi deviner leur passé… Dolan a respecté en cela les dialogues de Lagarce, en gardant même l’épanorthose et le flou.

Alors oui, on pourra s’ennuyer, décrocher ou  trouver que ça gueule trop pour pas grand chose !
Toujours est -il que nos sentiments sont exacerbés, tout comme ceux de la famille.

Le final est à la fois violent émotionnellement et banal… Ce n’est pas la fin du monde pour tout le monde, juste pour Louis. Le générique avec la musique de Moby, « Natural blues », ajoute encore à l’émotion.

Autant dire qu’il faut un peu de temps pour digérer ce repas de famille dolanien !

Juste La Fin Du Monde

De Xavier Dolan

Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard

Date de sortie : 21 septembre 2016 (1h 35min)

*DVD édité par Diaphana, disponible depuis le 7 février 2017. 

En savoir plus : site officiel de Diaphana

*Vous pouvez lire aussi cette chronique sur Cinétrafic, site où vous pouvez retrouver :
– tous les films traitant de l’homosexualité
– des films et séries à voir selon vos goûts

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En DVD , Blu ray et VOD le 7 février 2017  ( Diaphana éditions Vidéo)

Bonus DVD et BR : Le discours de Xavier Dolan au Festival de Cannes

Entretien avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux et Vincent Cassel

Grand prix Festival et Prix du Jury Oecuménique de Cannes 2016

Cannes Film Festival
Cannes Film Festival (Photo credit: Wikipedia)

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