[Critique] MA VIE AVEC LIBERACE de Steven Soderbergh

Aujourd’hui, Steven Soderbergh revient avec un tout nouveau film, qui sera peut-être son dernier…
Le réalisateur a en effet annoncé son envie de se retirer du monde du cinéma.
D’abord destiné au public américain sous la forme d’un téléfilm diffusé par la chaîne HBO, « Ma vie avec Liberace » a fait l’objet d’une avant-première au Festival de Cannes, puis d’une autre au festival du film américain de Deauville. Allons voir ce qui se passe derrière les candélabres ! (Le titre original,« Behind the Candelabra », était nettement moins explicite que sa version française).

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Avis sur Ma Vie avec Liberace : Sexe, mensonges, drogues et piano

Les histoires d’amour finissent mal (mâle) en général… Le réalisateur touche à tout Steven Soderbergh a choisi de réaliser un biopic. L’histoire d’amour contrariée entre le grand pianiste Liberace et un jeune homme qui rêvait de devenir vétérinaire de la fin des années 70 jusqu’à la mort de Liberace.
Le réalisateur -futur retraité s’est entouré d’un scénariste réalisateur prolifique ( LaGravenese), de deux très bons acteurs pour jouer le duo d’amants, de seconds rôles prestigieux, et d’une équipe de maquilleurs, costumiers, et décorateurs…

Cela se voit dès la première image : « Ma vie avec Liberace » est un téléfilm de luxe.
La reconstitution des seventies est très bien faite, et Matt Damon semble avoir 18 ans alors que l’acteur a 42 ans. Michael Douglas est tout simplement méconnaissable. Il faut également un certain temps d’adaptation pour reconnaître Scott Bakula (de la série « Code Quantum ») derrière sa mèche et son énorme moustache… Dan Aykroyd est également bien grimé. Rob Lowe en chirurgien esthétique / dealer semble lui-même retouché de partout. Soderbergh adopte l’esthétique et le format d’un téléfilm mais avec des moyens techniques visiblement supérieurs.

Résultat :  je décernerais volontiers au film une flopée d’Oscars (Emmy Awards): meilleurs costumes( le manteau à longue, très longue traîne est un monument à lui seul !), meilleurs maquillages (avec ou sans prothèse), meilleures coiffures et postiches, et pendant qu’on y est, meilleurs décors. Parce que le « ravalement de façade » de Liberace, ou plutôt la re-création de lui -même s’applique autant à son physique  qu’à son intérieur qu’il a décoré dans le style « kitsch palatial ».
Je me rends compte que je n’ai rien dit sur la musique, ce qui est un comble pour une biographie filmée de musicien…  La musique est présente dans le film mais pas trop : on entend Liberace interpréter avec virtuosité des airs connus en concert.
A noter que Michael Douglas interprète les chansons ( notamment  The Impossible Dream ). Et c’est à peu près tout ce qu’on retient !
Ce qui est intéresse Soderbergh, c’est plutôt les coulisses que le concert, l’homme plutôt que le musicien.
En effet, mine de rien, Soderbergh lance une petite réflexions sur les apparences tout au long du film. Il nous montre l’envers du décor : Liberace a cherché à cacher toute sa vie son homosexualité, son âge, sa calvitie … pour rester dans le cœur de ses fans (et de sa mère).
Le réalisateur offre aussi quelques explications ou interprétations d’ordre psychologique plutôt intéressantes sur le célèbre pianiste.
Mère castratrice (Debbie Reynolds joue Frances Liberace), peur de vieillir, sexualité compulsive – Liberace, sans prendre gare à son image qu’il tient pourtant à contrôler, se rend dans des cinémas X- mais aussi désir de contrôle, manipulation…La personnalité de Liberace est assez fascinante, ses relations amoureuses également. Il voulait être un père, un frère, un amant pour Scott l’orphelin – et il voulait l’adopter légalement, alors que Scott était adulte  ! Autre fait réel surprenant : Liberace avait demandé à son chirurgien esthétique de faire de Scott Thorson son « doppelganger », son double (mais pas son égal) ; il souhaitait que son amant lui ressemble physiquement. La scène où il amène Scott au chirurgien, comme un trophée, et annonce son projet à un Scott apeuré vaut son pesant d’or. Et son amant, par peur de le perdre, a accepté de renoncer à sa propre apparence… En y perdant sa propre identité et en se sentant piégé par celui qui veut être « tout pour lui ». Leur relation devient de plus en plus toxique. On apprend que Liberace avait répété le même schéma amoureux bien des fois avant Scott, et il continuera après sa rupture avec en dernier, en cherchant un partenaire toujours plus jeune et plus dévoué. Bis repetita.

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© ARP Sélection

Mais la grande qualité du film est encore ailleurs. Le « plus » de ce film, ce qui le fait sortir du lot des téléfilms et de nombreux films, c’est son interprétation.

Le come-back de Michael Douglas est étonnant. Son travail sur sa voix, ses attitudes et ses regards sont formidables. C’est la meilleure performance de Douglas. Qui aurait cru que le flic hétéro de « Basic instinct » aurait pu incarner avec tant de justesse le pianiste « queer » Liberace ? Entre chant du cygne – l’acteur sort d’une mauvaise passe, et d’un cancer- et renaissance de phénix, Michael Douglas nous éblouit dans ce rôle de drôle d’oiseau (et pas seulement grâce aux paillettes de son plumage costume.)

Matt Damon s’approprie également totalement le rôle de Scott Thorson.  Le spectateur voit la transformation de jeune garçon un peu naïf  ébloui par l’artiste en « toy boy » dépendant. Il est véritablement émouvant, et nous prouve encore une fois que c’est un grand acteur. Une double prix d’interprétation n’aurait pas été insensé au festival de Cannes. Le seul prix cannois, c’est l’un des chiens de Liberace « Baby Boy » qui  l’a obtenu : ce cabot a reçu la Palme dog ! Le film n’a pas obtenu la Queer Palm, il faut dire qu’il avait pour concurrents « L’Inconnu du Lac » et « La Vie d’Adèle ». Pourtant la représentation de l’homosexualité est présente.

Et Soderbergh dans tout cela ?  Il s’efface totalement, sa mise en scène est neutre, pas d’expérimentation, aucune touche personnelle.  Steven Soderbergh dresse un portrait linéaire de la romance entre les deux hommes, de la rencontre à la rupture, puis à une sorte de réconciliation. On dirait qu’il veut laisser la part belle aux acteurs et nous faire ses adieux. D’ailleurs, le film se termine  sur un Liberace  qui quitte la scène en s’envolant vers des horizons meilleurs…

Douglas

© ARP Sélection

 Au final

MA VIE AVEC LIBERACE est un téléfilm de qualité, bien supérieur  à certains biopics ( je pense à celui de Phil Spector réalisé par David Mamet inédit en France, pourtant avec Al Pacino et Helen Mirren). Il vaut surtout pour son interprétation hors pair et sa reconstitution somptueuse. Enfin, si comme moi vous ignoriez tout de Liberace, vous découvrirez une personnalité hors du commun, un prodige du showbiz qui a inspiré depuis de nombreuses stars. La filiation est évidente avec le pianiste-chanteur Elton John, mais Freddie Mercury, Madonna ou Lady Gaga ne sont pas loin de la flamboyante star de Vegas.

 

En savoir plus sur Ma vie avec Liberace

Réalisé par: Steven Soderbergh

Avec: Michael Douglas, Matt Damon, Dan Aykroyd, Scott Bakula, Rob Lowe, Paul Reiser, Debbie Reynolds

Comédie dramatique

Sortie le 18 septembre 2013

BONUS  :

Teaser

Comment s’est déroulé le tournage de « Ma vie avec Liberace « ? La réponse en vidéo dans avec les coulisses du tournage.

Liberace et Scott Thorson© Annie Leibovitz (Contact Press Images) Source : Télérama

Visite chez Liberace, la légende kitsch ranimée par Soderbergh (TELERAMA)

 

Elton John va rendre hommage à Liberace à la prochaine cérémonie des Emmys.

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3 commentaires en réponse à [Critique] MA VIE AVEC LIBERACE de Steven Soderbergh

  • Lili Galipette  dit:

    J’espère avoir le temps de le voir !

    • Claire  dit:

      Il y a du choix cette semaine, et encore plus le 25. Au pire tu pourras le rattraper en DVD.

  • Claire  dit:

    Michael Douglas a été récompensé pour « Ma vie avec Liberace » lors des Golden Globes 2014.
    C’est le dernier rôle de Debbie Reynolds.

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