[Critique] LES AMANTS DU TEXAS de David Lowery

En compétition au festival du film américain de Deauville 2013,«Les Amants du Texas» de David  Lowery (Ain’t Them Bodies Saints en VO – quel titre étrange ! *)  donnait envie. L’affiche américaine était magnifique (aux USA, le film, sorti en août, est déjà disponible en VOD).
Ain’t Them Bodies Saints possédait sur le papier de nombreux atouts : un casting prometteur (Casey Affleck et Rooney Mara en tête), une belle photo, et une histoire  à la «Bonnie and Clyde»  qui, bien que peu originale, promettait action et émotions.amants

Las ! J’ai vu le film dans le cadre du Club 300 d’Allociné. Il faut  d’ailleurs signaler qu’une chose rare s’est produite : les spectateurs, après un vote, n’ont pas décerné le label Allociné/Club 300 ! Pourtant, «Les Amants du Texas» possède d’indéniables qualités. On fait le point ?

 

Synopsis 

Bob et Ruth s’aiment, envers et contre tout. Et surtout contre la loi. Un jour, un braquage tourne mal et les deux amants sont pris dans une fusillade. Quand Bob est emmené par la police, Ruth a tout juste le temps de lui annoncer qu’elle est enceinte. Dès lors, Bob n’aura qu’une obsession : s’échapper de prison pour rejoindre sa femme et son enfant.

Mais quand il y parvient, quatre ans plus tard, le rêve correspond mal à la réalité. En fuite, poursuivi par la police et par les membres d’un gang, Bob peine à rétablir le lien avec sa famille. Ruth est devenue mère et elle ne veut pas d’une vie de cavale : courtisée par un policier attentionné, la jeune femme devra choisir entre le passé et l’avenir.

AVIS

Ben Foster (qui n’a pas l’air très inspiré sur cette image.)

Le synopsis raconte tout … De toute façon, on devine rapidement les grandes lignes de l’histoire et même le dénouement. Et finalement, il ne se passe pas grand chose. Les qualités du film sont ailleurs. L’histoire d’amour de ces deux jeunes gens perdus, dépassés par les événements et pris au piège, ne pourra que mal se terminer ! Cela pourrait être une ode au romantisme absolu. Hélas, il n’en est rien :  la mise en scène est désespérément plate. Et de nombreux passages sont trop lents.(Je cherche encore l’intérêt du moment où Bob / Casey Affleck raconte son évasion à son copain.)

De plus, il est difficile de s’attacher aux deux personnages principaux. Casey Affleck (le frère de Ben, et l’un des acteurs fétiches de Gus Van sant avec son frérot) incarne l’opposé de son personnage dans «Killer inside me»,un hors la loi sentimental prêt à risquer sa vie pour retrouver sa famille. La fin de son personnage ne peut que nous émouvoir, pourtant son interprétation m’a laissée assez froide. Sa partenaire Rooney Mara arbore pendant presque tout le film la même expression… On l’a connue plus inspirée, et surtout moins monocorde. Du coup, quand elle confie qu’elle n’a pas dormi pendant quatre ans, j’ai vraiment eu du mal à y croire ; elle n’a pas l’air tellement affectée par certains événements pourtant terribles.

Le personnage le plus touchant – à part la petite fille du couple –  est le shérif, un chic type qui tombe amoureux de Ruth (spoiler : ironie du sort, c’est Ruth qui a tiré sur lui et failli le tuer, Bob ayant endossé la faute pour la préserver d’une grossesse en prison…) Ben Foster, plus connu pour des seconds rôles de psychopathe, est très juste. Dommage qu’il ne puisse développer son personnage qu’au milieu du film. Le triangle amoureux lui doit beaucoup. D’une manière générale, j’ai trouvé que les deux personnages masculins étaient plus développés que celui de Ruth, seule figure féminine avec sa petite fille. Rooney Mara est cependant filmée amoureusement par Lowery, un peu comme Jessica Chastain dans «Tree of Life». Les personnages secondaires ne sont pas très nombreux, pas très développés à part peut-être celui de Keith Carradine, le mentor et père adoptif de Bob et Ruth. Ce dernier hésite entre responsabilité, culpabilité, irritation, tendresse…

Rooney Mara et Casey Affleck

La qualité principale du film est son esthétique. C’est un film doté de belles images de paysages texans, et on voit le soin apporté à la lumière. La reconstitution d’un patelin de l’Ouest américain est également soignée, on devine que nous sommes dans les années 60, mais cela reste flou,  le récit étant un peu hors du temps…
La comparaison avec les œuvres de Terrence Malick (en particulier «Badlands») est inévitable. Certains plans sont magnifiques, malheureusement le reste paraît en comparaison bien fade. L’élève ne dépasse cependant pas le maître. Les images de Malick ou d’autres grands réalisateurs s’impriment sur notre rétine, imprègnent notre inconscient,  tandis que celles de Lowery sont agréables mais s’effacent sans laisser de traces dans notre mémoire. N’est pas Malick qui veut.
Peut-être que David Lowery aurait intérêt à s’affranchir de ses influences, notamment “malickiennes”, pour son prochain film. On lui souhaite également de trouver un scénario plus original.

En conclusion, Les Amants du Texas n’est pas un ratage complet ; ce n’est pas un film désagréable, mais il manque un peu de saveur à mon goût !

 

Titre original : Ain’t Them Bodies Saints

Pour en savoir plus  :
Les Amants du Texas – film 2013 – AlloCiné.

 

*Explication du titre original Ain’t Them Bodies Saints :  il s’agirait du titre d’une des chansons de la bande originale.

Enhanced by Zemanta

2 commentaires sur “[Critique] LES AMANTS DU TEXAS de David Lowery

    1. Que cela ne te gâche pas ton envie d’y aller! C’est juste que pour moi le film n’a pas fonctionné aussi bien que j’aurais souhaité. Bref, petite déception… J’ai un collègue blogueur qui a beaucoup aimé et je suis certaine qu’il n’est pas le seul.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *