[Critique] Le Majordome (Lee Daniels’ The Butler)

Quelle meilleure façon pour découvrir le film de Lee Daniels, Le Majordome, que de le voir dans un cinéma américain ? Les réactions pendant la projection de ce biopic historique furent discrètes : quelques rires et beaucoup d’émotions… En revanche, dès le générique de fin, The Butler fut applaudi par la salle entière ! Le film a par ailleurs reçu une « standing ovation » au Festival du cinéma américain de Deauville et cartonne aux USA. Il serait numéro un au box office américain depuis deux semaines. Le président Barack Obama aurait pleuré lors du visionnage du film. Pourtant, les critiques sont mitigées. Découvrez le synopsis et mon avis sur le film ci-dessous !

Le Majordome

Synopsis

Le jeune Cecil Gaines, en quête d’un avenir meilleur, fuit, en 1926, le Sud des États-Unis, en proie à la tyrannie ségrégationniste. Tout en devenant un homme, il acquiert les compétences inestimables qui lui permettent d’atteindre une fonction très convoitée : majordome de la Maison-Blanche. C’est là que Cecil devient, durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des tractations qui ont lieu au sein du Bureau Ovale.
(…)
À travers le regard de Cecil Gaines, le film retrace l’évolution de la vie politique américaine et des relations entre communautés. De l’assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King au mouvement des « Black Panthers », de la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, Cecil vit ces événements de l’intérieur, mais aussi en père de famille…

AVIS

 

Ce film est une machine à Oscars …
Ce fut ma première pensée en voyant Le Majordome.
Les frères Weinstein, qui ont produit le film, ont décidément du flair et un sens inné du timing : le film est arrivé sur les écrans américains juste avant le cinquantième anniversaire de la marche de Washington et du discours de Martin Luther King.
Après Le Discours d’un Roi, voici un autre biopic qui devrait remporter des nombreuses récompenses à travers le monde…
Tous les ingrédients du succès sont en effet réunis : d’abord Le Majordome s’inspire d’un destin hors du commun, celui d’un certain Eugene Allen (rebaptisé Cecil Gaines pour le film), majordome afro-américain à la Maison Blanche durant sept présidences. Ensuite, Le Majordome traite de l’Histoire américaine, en particulier de la lutte contre la ségrégation. Enfin, le film réunit une distribution prestigieuse.

On pouvait juste s’interroger sur la façon dont Lee Daniels allait lier la sauce, la sobriété n’étant pas son point fort jusque- là.
J’en veux pour preuve Precious, récompensé par l’académie des Oscars, et  Paper Boy décrié par la critique au festival de Cannes 2012. Les deux sont des adaptations outrancières de romans aux thèmes forts ou dérangeants. Le Majordome est d’apparence plus lisse, plus « politiquement correcte »…

« Vous n’entendez rien, vous ne voyez rien, vous vous contentez de servir ! »
Telle est la consigne  que doit respecter le majordome Cecil Gaines. Tout comme son héros, Lee Daniels adopte un profil bas. Sa mise en scène se contente de servir du scénario. L’histoire étant forte et émouvante, il n’était en effet pas la peine d’en rajouter. Quelques scènes marquantes viennent cependant casser ce côté policé… Le Majordome commence avec un meurtre dans les champs de coton, crime filmé de manière très sèche. Autre scène choc : l’agression de militants (parmi eux se trouve le fils de Cecil) lors d’un sit-in dans un dîner, filmé en parallèle avec une scène de service de Cecil à la Maison Blanche.
Citons encore un repas familial où une dispute autour de Sydney Poitier se termine en conflit politique et en rupture entre le père et le fils aîné.

En revanche, certaines scènes feront grincer des dents. On retrouve là le Lee Daniels excessif et maladroit. Cecil Gaines compare l’esclavage ou les conditions de travail des Noirs dans les champs de coton aux conditions de vie dans les camps de concentration. (Pour le coup, le réalisateur afro-américain ressemble au fils aîné de Cecil qui veut provoquer, culpabiliser et marquer les esprits)… Lee Daniels, co-scénariste du film avec Danny Strong, aurait pu se passer de ces passages qui pourraient nuire au film. Mais non.

L’opposition entre père et fils permet au scénario d’éviter tout manichéisme. Cecil le père est ouvertement apolitique au départ (on lui demande lors de son embauche s’il est politisé. A sa réponse négative  on lui rétorque que c’est « parfait. [on] ne tolère pas les gens qui font de la politique à la Maison Blanche ». [sic]
Louis, le fils rebelle ruine les espoirs de son père et son activisme menace le poste de son père. Le fils aîné révolté, militant, se radicalise, et a honte de dire la profession de son père. Enfin, le fils cadet souhaite travailler et s’engager pour son pays… quelle attitude est la meilleure ? Lee Daniels se garde bien de trancher : on sent que le sujet lui tient particulièrement à coeur et que lui-même hésite entre plusieurs attitudes. En cela, son film est finalement plus complexe que prévu.

Les plus beaux rôles sont donc ceux de la famille Gaines : Forrest Whitaker (phénoménal dans Bird et dans Le Dernier roi d’Ecosse) est comme toujours très juste. David Oyelowo, l’interprète du fils aîné, fait preuve d’une belle intensité. Elijah Kelley (Seaweed dans la dernière version de Hairspray), a un rôle plus réduit car il interprète le plus jeune fils des Gaines mais le jeune acteur s’en sort avec les honneurs.
Oprah Winfrey revient après une longue absence au cinéma (elle a incarné Sofia dans La Couleur Pourpre). La superstar militante se fond dans le rôle de Gloria, femme au foyer aimante mais frustrée. Le film nous montre plus les points de vue de Cecil et de ses proches que celui des présidents. L’Histoire est cependant respectée, mais tout comme dans Forrest Gump (dont Lee Daniels se réclame), la petite histoire ayant d’importance que la grande.
Certains portraits de Présidents des USA sont plus développés que d’autres – et le casting est parfois surprenant.
Si Alan Rickman (Ronald Reagan), Liev Schreiber (Lyndon B. Johnson) et James Marsden (John Fitzgerald Kennedy) sont plutôt bien dans leurs habits présidentiels, le choix de John Cusack (déjà présent dans Paperboy) en Nixon est plutôt une mauvaise pioche.Et Robin Williams (Eisenhower) n’apparaît que dans peu de scènes et n’apporte rien d’intéressant. Enfin l’apparition de Jane Fonda en Nancy Reagan est savoureuse (voir un extrait en VF ici.) La militante de gauche, opposante à la guerre du Vietnam, se retrouve dans le peau d’une femme du camp ennemi.Belle ironie, mais choix singulier de Daniels. D’une manière générale,  l’abondance de stars au générique, alléchante pour les fans de ces acteurs, n’apporte pas grand chose au film.

Conclusion 
A l’image de son réalisateur et de son casting, Le Majordome n’est donc pas aussi lisse qu’il n’en a l’air. Certains moments sont du pur Hollywood, d’autres nettement moins politiquement corrects. Lee Daniels a fait des choix qui ne plairont pas à tous. On pourra taxer le film de Daniel d’opportuniste suite à sa sortie coïncidant avec  le demi-siècle de la marche à Washington. Pour moi l’émotion était présente, le message est passé, bref le film a fonctionné en dépit des critiques que je pourrais lui adresser.

Le Majordome est à conseiller à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des Etats-Unis : vous ne pourrez qu’être touché par le destin de Cecil et de sa famille.

Le Majordome

Bande annonce

Enhanced by Zemanta

Un commentaire en réponse à [Critique] Le Majordome (Lee Daniels’ The Butler)

Laisser une réponse

Vous pouvez utiliser les codes HTML suivants: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>