Critique : Thérèse Desqueyroux de Claude Miller avec Audrey Tautou et Gilles Lellouche

Thérèse Desqueyroux

Réalisé par Claude Miller

Avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Anaïs Demoustier…

Genre : Drame

Date de sortie : 21 novembre 2012 (1h 50min)

Film de clôture du Festival de Cannes 2012, Thérèse Desqueyroux,  est le dernier film de Claude Miller. C’est une nouvelle adaptation du roman de François Mauriac (après celle de Franju en  1962). Thérèse Desqueyroux nous montre une Audrey Tautou sous son plus mauvais jour et un Gilles Lellouche à la fois pathétique, antipathique et sympathique.

Synopsis

Dans les Landes, on arrange les mariages pour réunir les terrains et allier les familles. Thérèse Larroque devient Madame Desqueyroux ; mais cette jeune femme aux idées avant-gardistes ne respecte pas les conventions ancrées dans la région. Pour se libérer du destin qu’on lui impose, elle tentera tout pour vivre pleinement sa vie…

 

(via Thérèse Desqueyroux – film 2012 – AlloCiné.)

Critique

Une adaptation linéaire …

Miller et son équipe ont repris le roman initial en changeant sa chronologie… Miller  a choisi de raconter l’histoire de façon linéaire  pour qu’on se sente plus proche de Thérèse. Mais ceci a pour conséquence  un rythme (un peu trop) lancinant par moments. Visuellement, c’est réussi mais pas novateur.

… Qui prend quelques libertés.

Autre différence : le traitement des personnages, surtout celui de Bernard. À la fin du roman, le lecteur entend la confession de Thérèse. Certes elle a eu un geste criminel (sans créer de victime), mais c’est Bernard qui paraît  presque antipathique – malgré une tentative finale de dialogue, alors que la version de Miller le rend sympathique et touchant à la fin du récit… On assiste à une sorte de fin heureuse pour ce couple qui n’en est plus un. La mise en scène de Miller est assez académique, mais réussie. Miller a opté pour un écrin sobre, peut -être pour mieux faire ressortir son sujet  et son personnage principal : Thérèse Desqueyroux.

Trouble Thérèse

Le plus intéressant dans cette histoire est le portrait décrit par Miller, Mauriac et Franju  d’une femme trouble, étouffée par son époque… Audrey Tautou qui incarne – ou plutôt désincarne – Thérèse, elle est effrayante de maigreur et de pâleur à un moment clé du film. On savait que la Tautou était capable jouer les dépressives malingres (La jeune veuve de « La Délicatesse », et dans une moindre mesure, l’anorexique d' »Ensemble, c’est tout. ») Elle est également capable de jouer les dérangées (l’érotomane d’un autre film coup de coeur UGC, « A la folie »…) Ici, elle cumule ces deux aptitudes à la maigreur et à la folie … Thérèse n’a rien des héroïnes plutôt mignonnes qu’interprète la comédienne : elle est frigide. D’ailleurs, désire – t-elle  vraiment Jean ? Miller laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.De même, Thérèse est-elle attirée par Anne ? Thérèse n’a aucun instinct maternel (mais comment pourrait-elle aimer son enfant car elle l’a fait sans le désirer ? Pour elle, avoir cet enfant lui fait perdre ses rêves, sa liberté et son individualité. Au final, on assiste à une performance d’actrice allant de déchéance en résurrection. On a peur d’elle à un moment puis on a peur pour elle. Mais ce n’est pas ce rôle-là qui m’a plus émue chez Audrey Tautou.

Enfin, ce personnage de Thérèse ne serait rien sans ses interactions avec les autres acteurs. Car si le personnage de Thérèse est renfermé « avec de mauvaises idées dans la tête », les autres  protagonistes « plus simples » disent tout haut ce qu’il pensent. Bernard est l’un des meilleurs rôles de Gilles Lellouche: tour à tour imbu de lui -même, troublé,pathétique, antipathique et sympathique. (Dans le roman , le personnage de Bernard est moins  nuancé). Miller savait choisir les acteurs et le casting de « Thérèse » est bien trouvé : Francis Perrin (Larroque) ,Catherine Arditi (Madame Desqueyroux mère)… Enfin,  Anaïs Demoustier apporte sa fraîcheur et sa fougue au personnage d’Anne.

Toxic Affair

Le personnage de l’empoisonneuse est un figure classique de la littérature et du cinéma (Violette Nozière,  Agrippine, Locuste,  Marie Madeleine d’Aubray alias La Marquise des ombres, Madeleine de David Lean).Ces femmes ont  empoisonné pour des raisons diverses : prise de contrôle de l’héritage familial, vengeance, crime passionnel…Et en général elles arrivent à leurs fins. Alors que Thérèse échoue.

Les motivations de Thérèse ne sont ni intéressées (même si Bernard est persuadé du contraire) ni détaillées. Elle ne cherche pas à se venger non plus. C’est comme si Claude Miller voulait nous montrer que Thérèse étouffe, est elle-même intoxiquée par la société bourgeoise, et cherche une délivrance. Quitte à la trouver en supprimant son mari, leur relation étant toxique…  au sens propre comme au figuré. Malheureusement, si la structure d’un roman autorise de longs monologues, un film ne peut en faire autant. Par conséquent, on se sait pas bien ce qui se passe dans la tête de Thérèse et donc les évènements de la vie de Thérèse glissent un peu sur nous.

En conclusion :

Il n’y a pas grand chose à reprocher à ce film mais pourtant j’attendais plus de ce film. Une impression de tiédeur s’échappe du film, de mélancolie également.  J’ai aimé le film pour sa description de la France bourgeoise et provinciale des années 20. Thérèse est incarnée (ou plutôt désincarnée) par une Audrey Tautou méconnaissable par moments… En revanche, le rythme un peu trop lent empêche la tension de réellement s’installer. Pour bien apprécier le travail de Miller, il faudrait relire le roman de François Mauriac et voir la version de Franju avec Emmanuelle Riva, pour comparer. Il est toujours difficile d’adapter un roman, et Miller a réussi un beau livre d’images (un peu comme  le dernier Jane Eyre) , sans fouiller la psychologie de Thérèse. Il est vrai que le roman date de 1927, et fit l’objet d’une  polémique à l’époque, alors qu’en 2012, le spectateur est peut-être plus blasé…

Pour aller plus loin :

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