[Avis] LA TÊTE À L’ENVERS ( WILDE MAUS) de et avec Josef Hader

Josef Hader est Autrichien. C’est un comédien réputé pour ses one man show et son humour caustique. LA TÊTE À L’ENVERS ( WILDE MAUS en VO), son premier long-métrage, sort  le 28 mars 2018 après être passé  à la Berlinale et au Arras Film Festival en 2017.

Synopsis : 

Un célèbre critique musical est brutalement renvoyé de son journal. Le coup porté à son ego est tel qu’il perd tout sens de la mesure, cache la vérité à sa femme, et décide de se venger de son ancien employeur, d’une façon aussi abracadabrante qu’inefficace.

 

© ARP Sélection

Avis : 

Si à 50 ans, tu n’as pas… réalisé ton film (et surtout si tu es un acteur célèbre), c’est que tu as raté ta vie ?
Joseph Hader,  qui est un acteur renommé et un chansonnier apprécié en Autriche, a succombé à la tentation de passer derrière la caméra. Et le résultat est plutôt réussi.

Je suis toujours dubitative concernant le besoin, en France, de modifier certains titres originaux des films. Pourquoi est -on passé d’une souris sauvage,  » Wilde Maus » en allemand à  » La tête à l’envers  » ? Car la Wilde Maus, qu’un sous- titre du film traduit même  en  « souris folle  » a un rôle déterminant dans cette histoire tragi-comique. Cette appellation définit, en effet, un type de montagnes russes dans une fête foraine où Monsieur Endl ( Josef Hader himself ) passe beaucoup de temps.

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Et tel un forain, qui lance son manège infernal en criant  » Rien ne va plus ! « ,  rien ne va plus dans l’existence de ce critique musical licencié pour des raisons économiques.
Au passage, Josef Hader fait référence à la crise de la presse écrite, ce qui s’inscrit dans sa volonté d’écrire une histoire sur la classe moyenne en Autriche.

L’acteur-réalisateur évoque habilement la perte d’identité et le traumatisme liés à la perte d’emploi. Il montre le sentiment de honte entraînant le besoin de mentir sur sa situation professionnelle à sa femme qui est censée être compréhensive puisqu’elle est psychiatre.

Au-delà du chômage des seniors, nombreux sont les thèmes abordés dans ce long métrage comme des questions autour de la conjugalité, la filiation, la vengeance, la vieillesse ..
Que devient le couple quand les projets de vie divergent et quand la différence d’âge se fait sentir ? Comment un homme rationnel, reconnu et apprécié peut- il être amené à commettre des actes irrationnels ?

© ARP Sélection

Au- delà du fond plutôt riche (même s’il n’est pas particulièrement original puisque de nombreux films ont déjà abordés les mêmes sujets ) la forme de ce long- métrage ne manque pas d’intérêt.

Présent lors de la projection du film en avant- première au Cinéma des Cinéastes, Josef Hader a précisé qu’il a voulu construire son film comme une partition musicale , avec du rythme , des silences et des contre temps. Pour lui, la musique doit être un élément de l’histoire et faire partie du film de façon naturelle. De même, il dit avoir connu plus d’incertitudes dans le montage d’images que dans le montage du son. Donc, ce n’est pas par hasard si le personnage principal qu’il joue est un spécialiste de la critique musicale.

Lors du débat à la fin de la projection, remarquablement animé par Olivier Casas (réalisateur de Baby phone et membre de l’ARP) qui retrouvait l’esprit des frères Coen dans ce film, certains spectateurs ont senti l’influence de Nanni Moretti, de Woody Allen…
Pour Hader, le comique et le tragique se tiennent en équilibre. Cela reflète la manière dont il voit la vie. Il dit adorer jouer des hommes qui sont fâchés avec la vie.

J’avais beaucoup apprécié la prestation de Josef Hader en Stefan Zweig dans le film éponyme de Maria Schrader ( Stefan Zweig, adieu l’Europe sorti le 10 août 2016 ). Il est surtout connu en France pour son rôle de l’inspecteur Brenner dans la série diffusée sur Arte .
En tout cas, comme l’affirme Olivier Casas, cet artiste est aussi bon devant que derrière la caméra.

Dans ce film, il y a peu de personnages et beaucoup de dialogues.
Le cinéaste autrichien met l’accent sur l’importance de la parole, surtout dans le couple.

Tous les acteurs assurent une belle présence. Pia Hierzegger qui joue la femme du personnage principal est particulièrement attachante.

Dans ce film, il pleut beaucoup, il neige beaucoup,  les héros boivent beaucoup,  fument beaucoup…

Tous les publics n’accrocheront peut-être pas à ce cinéma empli de cynisme et trouveront certaines scènes trop ridicules.

En ce qui me concerne , cette « Tête à l’envers » n’a pas été un casse – tête.
Ce film insolite, drôle et pathétique m’a touchée et m’a fait rire.

La scène où Endl se retrouve presque nu dans la neige et « rate » son suicide,est symptomatique du talent original de Josef Hader.

Un film sur un déprimé qui n’est pas déprimant.

 

Michèle

 

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