[Avis] Moi, Tonya de Craig Gillepsie avec Margot Robbie

Trois fois nommé aux Oscars et déjà récompensé par un Golden Globe et un BAFTA, Moi, Tonya revient sur le parcours de Tonya Harding et l’affaire Kerrigan/Harding. Le film sort le 21 février. Voici mon avis.

Synopsis :

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : la princesse de la glace et le genou de Nancy K.

Moi , Tonya révèle d’abord tout le talent de Margot Robbie : on comprend sa nomination aux Oscars… D’abord, c’est un rôle physique, et Margot Robbie crée l’illusion d’être une grande sportive. Elle donne aussi l’impression d’avoir 15 puis 45 ans… En parlant de physique, l’actrice se bat, elle reçoit des claques dans la figure et se livre même à un combat de boxe (Tonya Harding se consacrant désormais à la boxe.)
Margot Robbie adopte un fort accent de l’Oregon (elle est Australienne) et n’a pas hésité à s’enlaidir… Serait-ce le sacre de la reine Margot ?

Allison Janney a également toutes ses chances pour l’Oscar du Meilleur second rôle féminin avec sa composition de mère alcoolique battant Tonya et la forçant à s’entraîner pendant des heures, sans pause, au patinage dès l’âge de 3 ou 4 ans. L’actrice a déjà gagné le BAFTA et le Golden globe du meilleur second rôle…

La mise en scène est plutôt percutante avec quelques fantaisies bienvenues dans le genre du biopic sportif ( aparté face caméra etc). D’abord, « chacun a sa vérité » comme l’affirme Tonya/ Margot, et les entretiens contradictoires entre Jeff Gillooly, l’ex de Tonya, la mère de Tonya , et Tonya constituent la trame du récit… Un véritable ping-pong verbal , sorte de « Rashomon », qui ne manquera pas de faire sourire ou de consterner selon la scène reconstituée. Ne nous attendez donc pas à un documentaire sur la carrière de Tonya Harding.
Le scénario se concentre en fait moins sur le sport et la performance sportive de Tonya la patineuse américaine à avoir réussi à ce jour le triple axel que sur le scandale – « L’Incident » comme il est nommé dans le film- c’est-à-dire l’agression de Nancy Kerrigan par l’entourage de Tonya. Parce que c’est cet ‘Incident’ qui intéresse le monde selon Tonya et son ex-mari…

Moi Tonya, c’est autant le portrait d’une femme en quête de reconnaissance et d’amour que celui d’Américains « White Trash ».

Cependant « Moi Tonya », quoique empathique envers l’ex – championne de patins à glace, n’idéalise pas cette dernière. On la voit juste comme un être humain avec ses contradictions, ses complexes, sa fureur de vivre, sa haine et sa souffrance.

Certaines personnes pensent qu’un artiste heureux sera moins créatif et que les génies sont des êtres torturés qui ne s’épanouissent qu’à travers leur art. La mère de Tonya, elle, semble persuadée que les violences et les humiliations mettront en rogne Tonya qui n’est jamais aussi performante que lorsqu’elle est en colère.

Ce conditionnement dangereux et abusif d’une mère sur sa fille est vraiment bien décrit et fait froid dans le dos. A cela, il faut ajouter sa relation violente, destructrice et malsaine avec son amour de jeunesse. Là encore on se sent mal devant certaines scènes ou dialogues.
A un moment, Tonya-Margot nous prend carrément à partie, en expliquant grosso modo que si on la bat c’est qu’on l’aime. Et qu’elle ne connaît que la violence.

Dans le rôle du mari violent et abusif, Sebastian Stan est à mille lieux de son rôle de Bucky dans Captain America. Le mari de Tonya est très mal accompagné par Shaun, son ami d’enfance. Paul Walter Hauser incarne un abruti mythomane, frustré et dangereux…
Le plus étonnant dans le film c’est que l’on rit à des moments peu appropriés, consternés par exemple par la « conspiration » montée par des bras cassés et la mécanique folle qui s’est activée autour de Tonya Harding, mécanique qui contribuera à sa perte.

Enfin, « Moi, Tonya » tacle les travers de la société -spectacle. Comme Tonya le fait remarquer : « L’Amérique. On vous aime. On vous déteste. » On porte aux nues une personne car elle réussit, puis quand elle ne rentre plus dans le moule, ou déchoit, elle devient détestable. Et dire qu’à l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas.

En résumé :

MOI, TONYA n’est pas un biopic traditionnel, et heureusement vu la personnalité de Tonya Harding, à la fois force de la nature et femme brisée. Moi, Tonya est un film est dynamique, rythmé, avec des moments drôles mais d’autres très émouvants, voire bouleversants.
C’est un film beaucoup plus riche qu’on ne pourrait le croire à première vue. Moi, Tonya dresse le portrait d’une femme hors du commun dont on garde un souvenir amer et qui aura marqué les esprits…

MOI, TONYA

Titre original: I, Tonya

de Craig Gillespie
avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan, Mckenna Grace, Paul Walter Hauser… Date de sortie au cinéma : 21 Février 2018

Le 21 février 2018 au cinéma

  • MOI TONYA Bande Annonce VOST

    Bande annonce , affiche et photos © 2018 – Mars Films

4 commentaires sur “[Avis] Moi, Tonya de Craig Gillepsie avec Margot Robbie

  1. Très très juste analyse, très bon papier, mérite dêtre lu par tous ceux qui ne veulent toujours pas comprendre la réalité de notre système social qui se délite chaque jour un peu plus. Je suis consterné des JT. Jétais des cheminots de 1995 et votre analyse aurait tout à fait convenu à ce moment là. Merci à vous pour votre lucidité.

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