[Avis] La fille du train de Tate Taylor, avec Emily Blunt

Un best seller à succès signé Paula Hawkins,  un réalisateur hollywoodien, un actrice britannique réputée … La fille du train devrait filer à grande vitesse vers le succès… A moins que le film ne laisse les spectateurs sur le quai ?

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Synopsis officiel : Rachel (Emily Blunt) prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

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Emily Blunt préfère prendre le train (c) Metropolitan film

AVIS  : La fille du train-train 

Ce n’est pas bien de faire des comparaisons… surtout si la comparaison en question ne penche pas en votre faveur !

Si le personnage d’Emily Blunt ne se comparait pas à la nouvelle femme de son ex, ou à la femme qu’elle aperçoit depuis le train, il n’y aurait pas eu d’histoire pour le film et auparavant pour le roman de Paula Hawkins.

Mais parfois on ne peut s’empêcher de comparer… En l’occurrence je ne peux m’empêcher de comparer cette « Fille du Train » au roman original, mais aussi à l’adaptation d’un autre roman « Gone Girl ».

Un livre, un film, le syndrome de l’adaptation  – dit de l’iceberg !

Le problème principal de cette « fille du train » se posera au lecteur du roman de Paula Hawkins, un roman haletant, limite obsédant… Les pages se tournent à très grande vitesse tant on veut découvrir l’identité du tueur (on a quand même sa petite idée dans le dernier quart du roman) et la résolution de l’enquête.

Pour pouvoir faire tenir l’intrigue en deux heures, il faut élaguer… C’est ce qu’a fait la scénariste Erin Cressida Wilson, avec plus ou moins de bonheur à mon avis.
Exit une bonne partie de la psychologie des personnages ; au revoir la subtilité de certaines déclarations/fausses pistes/dialogues… Le scénario supprime également certains personnages secondaires ou les réduit au silence.
Résultat : le film est atteint du « syndrome de l’iceberg » illustré ci-dessous !

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the Movie vs the Book – traduction : le livre versus le film … (c) Sarcasmlol.com

Parfois,  l’infidélité au roman paie (Shining,  Miss Peregrine, par exemple). Parfois, ça ne marche pas, et c’est souvent le cas  pour les thrillers.

Pour « la fille du train », le scénario est très fidèle à l’histoire du roman, on déplace juste l’intrigue de Londres à New York. Transposition qui n’était pas nécessaire en soi, d’ailleurs.

Et ici,en regardant le film, j’ai vraiment l’impression d’être restée comme les pingouins sur la banquise, à la surface de l’iceberg.
Après, on peut jouer à « Ah, ça, c’est bien comme dans le livre ! Cette scène, par contre, est totalement différente « !
Je n’ai ressenti que très peu d’empathie avec les personnages du film. En ce qui concerne le dénouement, je le connaissais déjà, et il n’y a pas de pirouette finale comme dans certains films ou d’angle intéressant pour analyser le final. Dommage !

 

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Justin Theroux épaule Rebecca Ferguson dans La Fille du Train (c) Metropolitan film

Des acteurs comme sur des rails

Ce désintérêt intermittent de ma part pour l’histoire et les personnages ne vient pas de l’interprétation. Les acteurs font vraiment ce qu’ils peuvent, et semble bien investis dans leur rôle.

Emily Blunt  tient le rôle principal avec conviction, elle est très touchante dans le rôle de cette « fille du train » devenue alcoolique qui déraille.

N’hésitant pas à s’enlaidir au passage (un peu comme dans Sicario) … Cette performance ne lui vaudra cependant pas un  autre Golden Globe ni une nomination à l’Oscar  mais on n’a rien à lui reprocher. Rebecca Ferguson, après son rôle de femme trouble et forte dans le dernier  » Mission impossible », se retrouve ici dans le rôle d’une femme au foyer assez lisse au départ… Ne dévoilons rien si vous n’avez pas lu le roman.

Reste Haley Bennett, vue dans Les 7 Mercenaires en jeune femme visiblement perturbée. Un rôle importance pour l’actrice, et là encre on ne peut  lui reprocher grand chose au niveau de son jeu.

Parmi les rôles, Justin Theroux joue les maris amoureux,  et Luke Evans, le  mari jaloux et suspect numéro 1 du meurtre de sa femme. Je trouve qu’ils sont plutôt bien castés.

Dans le rôle du psy Kamal Abdic, Edgar Ramírez n’est pas mal, même s’il jure en espagnol alors que son personnage est serbo-croate. Mais nous sommes à New York, et sa mère pourrait être hispanophone, alors pourquoi pas ? L’ambiguïté de son personnage ne devrait pas être d’ordre linguistique, mais bien psychologique, or il m’a semblé que le personnage était un brin mis de côté – mis à part quelques scènes clés. Dommage (ou vivement le spin off ?).
Les autres acteurs ne font que passer, cela fait tout de même plaisir de voir Lisa Kudrow,  Allison Janney et Laura Prépon.

Alors il est, où le problème ?  Un réalisateur trop train-train ?

Tate Taylor est pourtant habitué à faire des adaptations … C’est le réalisateur du multi-oscarisé La couleur des sentiments, autre roman à succès !

Il tente quelques plans en caméra subjective, qui donnent un peu mal au cœur, quelques idées de mise en scène (non, je ne parle pas du remplissage de la bouteille d’eau avec de la vodka).
Cependant, dans l’ensemble, son style est linéaire et s’efface derrière l’histoire. Il faut dire que le livre pose des jalons cinématographiques évident, un chapitrage par personnage féminin, qui donnerait littéralement 3 points de vue… Oui, on aurait pu avoir un Rashômon version thriller américain… Mais non !

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Luke Evans, mari jaloux et suspect numéro 1 dans la fille du train ! (c) Metropolitan film

Contrairement à  Gone Girl  qui est un très grand film, « La fille du train » n’est pas tellement différent des thrillers que nous sommes habitués à voir sur le petit et grand écran. Le film de Tate Taylor n’ose jamais être vraiment pervers et ne s’autorise pas à être drôle ( à part une scène de meurtre à la fois glauque, ironique et remplie d’humour noir.)

Vous l’avez compris, mon sentiment est mitigé sur ce film.  J’ai préféré le roman qui développait plus la psychologie des trois femmes.  Cependant, je reconnais que le choix du casting est judicieux,  et qu’il y a des efforts de mise en scène. Le spectateur qui n’a pas connaissance de l’histoire développée dans le roman trouvera certainement que c’est un thriller assez haletant.

LA FILLE DU TRAIN

(The Girl on a Train)

De Tate Taylor (réalisateur de La couleur des sentiments)
Avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett,
Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney,
Edgar Ramirez, Lisa Kudrow et Laura Prepon

Au cinéma le 26 octobre 2016

 

2 commentaires sur “[Avis] La fille du train de Tate Taylor, avec Emily Blunt

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