[Avis] L’Économie du couple de Joachim Lafosse

Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2016, à la Quinzaine des réalisateurs, « L’Economie du couple » est le huitième film de Joachim Lafosse. Derrière ce titre énigmatique, se cache un drame conjugal opposant Bérénice Béjo et le réalisateur -acteur Cédric Kahn… 

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CRITIQUE l’économie du couple – cohabitation : impossible.

Trois ans après « Le Passé » d’Asghar Farhadi,   Bérénice Béjo était de retour au festival de Cannes pour interpréter à nouveau une femme nommée Marie souhaitant divorcer. Mais la comparaison s’arrête là, les problématiques de couple exposées par Fahradi étant différentes de celles de Lafosse.

Entre les murs…

Ce qui marque dans le film de Lafosse, c’est la mise en scène et la direction d’acteurs dans ce quasi huis clos.

Lafosse filme en gros plan le visage de Marie alors que celui de Boris reste flou puis fait le point sur celui de Boris, floutant celui de Marie…  tout est dit, de façon symbolique : ce couple qui, même réuni dans l’espace, à quelques centimètres l’un de lautre, regardant dans la même direction, semble déjà séparé. Marie et Boris ne communiquent plus qu’à distance, chacun dans son monde, séparés par un mur de pesants non-dits.
En parlant de murs, les personnages évoluent dans leur maison, payée par Marie et dont Boris a assuré les  travaux… Cette bâtisse est un véritable lieu de lutte de pouvoir, et quasiment un personnage à part entière.

Le couple parle presque autant du domicile conjugal que de leur jumelles dans leurs tractations. C’est une chose construite par le couple, et tout comme la garde des enfants, le futur de la maison commune est un objet de conflits. Personne ne veut lâcher du lest, conscient de la valeur de ce bien immobilier… Cette maison est la source apparente de tous les conflits pour ce couple qui ne s’aime plus, mais doit vivre ensemble en attendant une solution.

Au fur et à mesure, on se rend compte que l’argent et la maison ne sont qu’une partie du problème : Boris se sent humilié que Marie ne reconnaisse pas son travail sur leur demeure. Marie n’aime plus son mari, et ne supporte plus le fait qu’il ait des dettes et soit au chômage.

Il faut noter que Mazarine Pingeot a collaboré au scénario. Difficile de dire quel est son apport précisément.  Toujours est-il que les situations décrites dans le film sont bien vues et d’une grande justesse. Une paire de chaussures à acheter pour un enfant, une ration de fromage dévorée et non remplacée, ces détails du quotidien deviennent des sources d’affrontements, faisant remonter les rancoeurs passées et les différences entre le couple… Marie vient en effet d’une famille plus aisée que celle de Boris, elle travaille dans une université alors que Boris cherche toujours un chantier et se fait  » entretenir » par Marie.

 Scènes de la vie conjugale

Le spectateur – voyeur est témoin de ces conflits et Lafosse réussit à susciter de l’émotion ou un certain malaise pour un sujet banal …  On se sent un peu comme les convives de Marie- qui sont aussi amis avec Boris – pris en étau entre les deux amants. Tout comme les enfants du couple, ou encore la mère de Marie (Marthe Keller),  on refuse de choisir un camp, Boris et Marie ayant chacun leurs raisons pour se disputer, et on se sent totalement impuissant.

Certes, Lafosse reprend les codes du mélo et du drame familial mais est tout de même parvenu à surprendre  ! Le dernier plan laisse ainsi chaque spectateur à sa libre interprétation. Autre surprise : entendre du maître Gims dans une scène de danse à 4, en famille, de toute beauté… cela pourrait être ridicule mais c’est juste, et émouvant et plein d’espoir.

L’interprétation est à la hauteur, naturelle et sobre. Bérénice Bejo et Cédric Kahn sont très convaincants , tout comme les seconds rôles y compris les jeunes soeurs jumelles interprétant les filles du couple.

Au-delà des problèmes conjugaux, « L’Economie du couple » montre un drame familial, les enfants étant témoins des atermoiements de leurs parents.

Ce film devrait vous toucher, que vous soyez en couple ou pas. On ne peut que saluer l’habileté du réalisateur, en dépit  d’un sujet maintes fois traité au cinéma et de quelques longueurs – certains silences et plans fixes étant un peu trop appuyés , peut- être pour nous mettre mal à l’aise , nous faire ressentir l’ambiance pesante régnant dans le couple…

Extrait

L’économie du couple 

de Joachim Lafosse

1h 40min

avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…

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