[Compte-rendu] Rencontre avec Ron Howard

Avec quelques blogueurs, j’ai eu le privilège de rencontrer Ron Howard  à l’occasion de la sortie prochaine de son dernier film «  Au Coeur de L’Océan » ( la critique est ici). Le film sort très bientôt : le 9 décembre 2015 !
ron howard rencontre
Crédits photos  et vidéos (c) Claire Fayau pour legenoudeclaire.com, sauf mentions contraires

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce film ? L’aventure humaine, le roman mythique, l’opportunité de faire un grand film épique ou le challenge de réalisation?

Il y a le fait que le scénario soit tiré d’une histoire réelle. Je respecte le roman et ai été fasciné par les films qui ont en été adaptés.
En fait, c’est, entre autres, le livre de Moby Dick qui est mythique qui m’a poussé à faire le film. En plus, c’est aussi une histoire d’hommes.

J’ai toujours été fasciné par les drames. Il y a quelques chose de terrifiant dans le mystère.
J’ai toujours eu peur de l’océan. Quand j’étais un petit garçon, j’étais un enfant acteur. En 1966, j’avais 8 ans et dans un épisode d’une série télévisée « Route 66 » dans laquelle j’avais un rôle, j’ai dû sauter dans l’océan. Je savais nager, mais ne l’avais jamais fait dans un océan. J’étais terrifié. Sous l’eau je voyais les bulles et l’eau bleue qui était partout. Et quand j’ai émergé, je criais « papa, papa » ! Heureusement mon personnage avait un père dans la série, donc c’est passé !
Et puis une heure après avoir nagé, il y a beaucoup d’énervement et d’agitation car il y a eu un grand requin qui a été pêché à côté de l’endroit ou j’avais tourné la scène et j’ai été terrifié à nouveau.
Maintenant cela va un peu mieux.

Dans le film « Splash », que j’ai fait dans les années 80, j’ai dû apprendre la plongée et cela m’a permis de dépasser ma peur.
Depuis, j’ai tourné plusieurs films dans lesquels il y a l’océan mais je ne l’aime toujours pas vraiment.

Après « Cocoon », en 1983, j’ai eu envie de faire un film sur Greenpeace et le Rainbow Warrior qui se passerait entièrement sur la mer mais je n’ai pas obtenu de financement pour le réaliser.

Puis j’ai eu envie de faire un film sur le 19ème siècle et la mer, mais le projet était trop cher, trop coûteux et il a donc disparu.
Chris Hemsworth a été me voir avec le synopsis et l’histoire d’ »Au Cœur de l’Océan ». Je me suis rendu compte que le film avait les valeurs des deux films que je n’avais pas fait et en plus, grâce à Chris, j’avais aussi le personnage principal !

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Quelle est la personnalité du personnage incarné par Chris Hemsworth  ?

C’est la transformation de l’homme (Owen Chase) qui m’intéresse. Il est orgueilleux et c’est cette confrontation avec la baleine qui le fait se sentir insignifiant et cela permet de le rééquilibrer.
Nous avons collaboré tous les deux pour faire un beau film.

Qu’avez- vous en commun avec Owen Chase ?

Je comprends l’ambition et la frustration – et le fait que l’on essaye de dépasser les préjugés.
Lorsque j’étais enfant, je voulais être réalisateur, c’est prétentieux ; et les gens autour de moi disaient « Ah tu veux être réalisateur ? C’est mignon ! A 30-35 ans, peut-être que tu pourrais le devenir. Et j’avais genre  18 ans, et je pensais  » fµck that ! Je veux le faire maintenant ». Mais sinon je ne suis pas un homme d’action avec une force en lui.

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Quelle a été le chose la plus difficile à faire dans ce film ?

Au Cœur de l’Océan est l’un des films les plus compliqués que j’ai fait. Plus que « Apollo 13 » et « Backdraft ». C’est une combinaison de défis techniques et logistiques… mais aussi il faut équilibrer cela avec l’histoire même.
J’étais très intéressé par tout cela … Tous les jours, j’avais d’énormes problèmes à résoudre… Et il y a eu 78 jours de tournage.

Melville n’a pas rencontré Nickerson (le personnage qui lui raconte son histoire dans le film). Pourquoi faire un tel face -à-face ?

Cette décision a été faite avant que je sois impliqué dans le projet. Mais j’étais d’accord avec le scénariste sur le fait que le film devait être une fiction.
En réalité, Melville découvre cette histoire d’une façon difficile puis rencontre par la suite le fils d’Owen Chase.
Il a réécrit plusieurs fois « Moby Dick » et s’est inspiré de l’histoire de l’Essex grâce au livre d’Owen Chase. Cela a été un procédé très long.
Le fait de faire rencontrer les deux personnages est une facilité dramatique pour créer le film et planter le décor.
C’est aussi une façon simple de présenter les personnages.
Il faut créer une fiction. Dans un film on reflète la vérité.
Par exemple Peter Morgan explique que dans « Nixon », la séquence du coup de fil la nuit n’a pas existé mais qu’il s’agit d’un effet dramatique.
Dans le film « Rush », il n’y aurait jamais dû y avoir de conversation entre les deux personnages principaux.
Ce sont ces éléments de fiction qui permettent de s’exprimer dans un film.Il faut parfois de la fiction pour exprimer une plus grande vérité.

 

Avec ce 2ème film dramatique, après Rush, je me rends compte que Chris Hemsworth est un bon acteur. Comment se passe le travail entre vous ? Allez-vous lui proposer un troisième rôle ?

Je n’ai rien de prévu, mais j’adorerais retravailler avec lui. Il voulait un rôle dans « Rush « et il a passé une audition qu’il a créé lui-même et m’a envoyé.
Il a beaucoup travaillé sur le langage du corps et sur son accent. Il a créé des dialogues dans sa chambre d’hôtel sur le tournage d’ »Avengers ».
C’est un personnage différent, pas forcément sexy ou jouant de son corps, mais intéressant à interpréter.
Je voulais l’inclure dans mon film car son personnage était très construit.

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Quel est son point fort ?

C’est un acteur qui est capable de tout faire. Son atout majeur est son charisme, sa présence à l’écran. Il a un grand appétit pour le travail et donne le meilleur de lui-même dans tous les genres de films.

Quelles ont été vos recherches autour du film ?

J’ai visité des musées dont un à Nantucket. Nous y avons trouvé beaucoup d’information sur la vie à bord des baleiniers.
De plus, nous avons visité plusieurs sites dont une manufacture.
C’était, avec l’agriculture, la première économie des USA à cette époque.
Nous avons aussi vu des photos, des films muets des années 20 sur la chasse à la baleine.
  A l’époque, il y avait un dilemme moral sur les attaques de baleines. On se demandait si les baleines qui les attaquaient et provoquaient des naufrages étaient des punitions.

Pourquoi ce choix de format pour le tournage, et pas l’utilisation du format Cinémascope ?

Nous avons voulu tourner avec un format carré mais les studios ont dit non. C’est à cause du bateau qui était trop grand… Cela nous semblait être le format le plus adéquat pour ce que nous essayions de créer.

Quels étaient votre plus grand défi en temps que réalisateur ? L’espace limité à bord du bateau, le monstre en images de synthèse ?

La moitié du film  sur le baleinier est tourné sur l’océan.
Nous avons aussi filmé dans l’océan. Mais nous ne pouvions pas filmer tout dans un seul endroit. Et il y avait, pour des raisons de sécurité, certaines cascades qui n’étaient pas possibles en pleine mer.
Nous devions tourner sur une plage. Nous avons eu le droit d’aller sur cette plage mais pas dans la mer.
Chris (Hemsworth) est un surfeur. Il ne trouvait pas cela dangereux et voulait y aller , il disait que ça allait bien se passer, mais il n’en avait pas le droit. Puis il y a été tout seul avec un cadreur sous-marin malgré l’interdiction et a fait les images sous-marines… Je lui suis très reconnaissant pour son courage.

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Comment avez-vous géré la grosse perte de poids de vos protagonistes ?

C’est très difficile et cher de montrer un amaigrissement en infographie. En plus cela ne rend pas un effet authentique. Et on ne pouvait pas se le permettre financièrement.
J’ai demandé aux acteurs de perdre du poids, ce qui leur a demandé une grande implication.
Un nutritionniste a aidé les comédiens à perdre du poids et leur a servi de coach.
J’ai aussi demandé à Tom Hanks de m’aider car il a perdu deux fois du poids pour ses films. La première fois, il l’a fait tout seul et à eu des problèmes de santé et la seconde fois, pour « Seul au Monde », il l’a fait avec un nutritionniste.

Pourquoi la baleine n’est pas entièrement blanche ?

Ce n’est pas la baleine qui a coulé l’Essex. Melville en a mélangé plusieurs pour créer une baleine mythique, Moby Dick.
Nous avons découvert que les vieilles baleines ont un problème de peau, une maladie qui décolore leur peau (…)
On a essayé de développer  le mythe tout en restant proche de la réalité.

La lumière est très importante dans le film. Comment avez-vous choisi le chef opérateur, Anthony Dod Mantle ?

J’avais travaillé avec Anthony sur Rush et j’avais été impressionné, et j’avais apprécié cette collaboration. J’ai eu l’impression que nous étions psychologiquement en phase.
Je voulais que la photographie reflète l’état émotionnel des personnages … tout en y ajoutant une touche esthétique. comme l’histoire est d’une nature classique, j’ai demandé à Anthony si on pouvait réussir un mélange de moderne et d’ancien.

Anthony a eu l’idée de faire un mélange de vieux et neuf d’un point de vue cinématographique. Cela a permis de trouver un moyen de connecter les personnages entre eux, avec la mer et avec la baleine.
Autre chose : je voulais aussi créer de l’intimité et de l’intensité.
Anthony (Dod Mantle) est très énergique, il prend des petites caméras, il les cache dans des endroits  qui créent des angles originaux  qui vous connectent avec l’action d’une façon inhabituelle. Cela crée une énergie visuelle.

Auriez-vous envie de faire un film « Happy Days » ? Et quel acteur voyez-vous interpréter Richie ? Enfin, qu’en est-il de ce documentaire sur les Beatles ?

Je n’ai pas l’ambition de revisiter  « Happy Days » ( et de réaliser le film). Même si j’ai aimé travaillé sur la série et que j’en garde de très bons souvenirs.
Je verrais bien dans le rôle de Richie, Justin Bieber. (Rires)

Le projet sur les Beatles est fascinant.
Comme mes enfant sont grands, j’ai du temps pour faire d’autres expériences [Note : il parle d’un festival de musique avec Jay Z comme curateur …]
Quand j’ai fait Rush, mon producteur m’a parlé d’un projet de documentaire sur les Beatles. C’était un grand groupe et j’ai envie d’atteindre les attentes de tout le monde.
C’est peut-être une mission impossible, mais je m’amuse beaucoup…

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Aimeriez-vous être à nouveau acteur (dans « Happy Days » par exemple) ?

Je n’ai pas envie de jouer à nouveau et suis trop occupé à réaliser des films. Gardons ce passé d’acteur au passé, même pour Happy Days. Ce sont des bons souvenirs.

Avez-vous des nouvelles du film « The Dark Tower »  ?

Je ne peux toujours pas vraiment en parler. Mais c’est très prometteur. Je crois que nous avons trouvé un fantastique réalisateur, un Danois (Nicolaj Arcel), vraiment super. Mais je ne peux vraiment pas en parler.Je ne peux rien révéler.[Note : « The Dark Tower » est une adaptation du roman de Stephen King et devrait sortir en 2017.]

Pourquoi le film est en 3D ? Il a été converti ou pensé ainsi dès le départ ?

Je n’ai pas eu le temps et le budget de le tourner en 3D. Nous avons ensuite eu le temps de transformer le film en 3D. Warner Bros a l’habitude de faire cela et ils m’ont apporté cette idée de la conversion en 3D.
Cela n’a pas impacté la sortie du film car c’était une décision marketing de repousser la sortie et j’ai été d’accord parce que pendant les vacances, les gens peuvent aller voir tous les films qu’ils veulent.
Je suis heureux de le voir sortir maintenant.
J’ai été très content de la conversion 3D et cela devrait plaire à ceux qui aiment la 3D car cela ajoute de la texture et de la profondeur, et de la puissance émotionnelle aux personnages aussi.
Mais le film a été pensé pour offrir une expérience immersive totale.

Dans votre filmographie, il y a toujours une forme de courage. Est-ce voulu et quels sont les nouveaux axes que vous voudriez explorer ?

J’ai toujours été intéressé par les différents moyens de mise à l’épreuve : les  défis permettent de se tester, on peut aussi montrer son vrai courage. Je prends aussi comme exemples ceux qui manquent de courage et ne peuvent relever un défi.Ce film est un exemple des deux : courage et défi.
Je suis toujours intéressé par un film qui nous réfléchir sur ce que l’on ferait dans cette situation.
Je ne sais pas si je serais courageux dans les situations dans lesquelles sont mes personnages, mais je prends mon inspiration dans la réalité, les informations ou dans les films et séries télévisées : gens qui passent par des phases extraordinaires, comme ceux qui protègent, sauvent,  se sacrifient…
Cela m’émeut et m’intéresse.

Mais je ne force jamais ces éléments dans une histoire ;  mais si une situation nécessitant le courage existe, j’aime explorer cet aspect.
Pouvez-vous nous parler des scènes entre Ben Whishaw (Melville) et Brendan Gleeson (Nickleson). Comment les deux acteurs ont-ils travaillé sur le projet ?

J’ai beaucoup aimé travaillé sur cette partie de l’histoire.

C’était un tournage très intensif sur une période courte. Les deux acteurs principaux se sont beaucoup documentés, ils ont lu des journaux intimes de Nickelson, Pollard, et ont parfois sorti des répliques issues de textes d’époque.
De plus il y a un grand livre « Why Read Moby Dick ? » . Un livre très court qui connecte les deux histoires.(de Nathaniel Philbrick qui a déjà écrit In the Heart of the Sea dont s’inspire le film). On en apprend beaucoup sur Herman Melville.
Pendant le tournage et les répétitions, c’était intense, on pouvait avoir 2 ou 3 niveaux de lecture ce qui permettait d’explorer l’émotion et de traiter les thèmes sous- jacents pendant 5 jours.

Que feriez-vous si la Fox vous demandait de faire un remake de « Willow » ?

A cette période de ma vie, je n’ai pas envie de revenir en arrière et de refaire mes propres films. J’adore Warwick Davis, c’est un ami – et aussi George Lucas (qui a produit et co-écrit le film). Si on parle de développer le personnage, et de faire quelque chose d’autre, ça serait intéressant avec les nouvelles technologies.


A propos des suites de Da Vinci Code.

C’est assez surprenant que je sois resté sur les projets d’adaptation de Dan Brown. Mais on ne dirait pas que ce sont des suites. Chaque livre a son propre mystère ; le dernier  (« Inferno » traite d’une crise très moderne. C’est un thriller psychologique. Et j’adore travailler avec Tom Hanks ! Donc c’est l’occasion pour moi de réutiliser le même personnage, mais j’ai l’impression que ce sont des films différents d’une certaine façon.

Ron Howard fait un test : il demande à l’assistance de lever la main si elle a envie de voir une suite de Willow. Aucune main ne se lève. Ce qui le réjouit au plus haut point.

Photo de groupe Ron Howard et les blogueurs ( crédits photo : Warner Bros France.)
Photo de groupe Ron Howard et les blogueurs ( crédits photo : Warner Bros France.)

Un grand merci à Ron Howard.

Merci aussi à Warner Bros  pour cette belle invitation.

Pour aller plus loin , vous pouvez consulter  le lien de la featurette ‘LE MYTHE DE MOBY DICK’ qui nous a été projetée avant la rencontre :

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