[Avis] MANDELA : LONG WALK TO FREEDOM de Justin Chadwick

Reconnaissons-le : les « biopics » (biographies filmées) sont légion, mais peu de films de ce genre sont réussis. Les réalisateurs pêchent souvent par trop d’élégie ou de sentimentalisme, quand il ne s’agit pas d’inexactitudes historiques.
MANDELA : LONG WALK TO FREEDOM relève le niveau en nous livrant un portrait réaliste et émouvant d’une icône des temps modernes (souvenez-vous : Mandela Day des Simple Minds, le concert donné en son honneur pour son anniversaire…).

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Mandela

 

Bonne nouvelle : MANDELA : LONG WALK TO FREEDOM évite les gros écueils des biographies filmées. Pourtant, raconter la vie de Madiba, un symbole politique et spirituel, c’est un peu comme raconter la vie de Gandhi ou celle du Dalai Lama :  un énorme défi. Clint Eastwood s’y est essayé avec un certain talent, dans Invictus. Cependant le portrait de Mandela incarné par Morgan Freeman n’était qu’une partie du tableau général de l’Afrique du Sud dressé par Eastwood. Il ne s’agissait pas d’une biographie, mais d’une anecdote historique.

Justin Chadwick, lui, annonce la couleur dès le titre et les premières image :  le film est centré sur Nelson Mandela. On va parler de Mandela, de son enfance, des idéaux politiques, de sa lutte pour l’égalité et contre le racisme, de ses années d’emprisonnement …  Vaste programme. En effet, le réalisateur mêle l’histoire de Mandela avec celle de son pays : l’Afrique du Sud. Et ce, sur huit décennies… Résultat : le film peut sembler un peu long (il dure 2h25), mais il paraissait difficile de faire autrement : il eut été dommageable de faire des impasses sur l’Histoire de l’Afrique du Sud (c’était d’ailleurs le problème de la Dame de Fer). D’un point de vue historique, le film est presque complet (contrairement à Lincoln  ou la Dame de fer) et ne commet pas d’impairs.
Le scénario s’inspire de l’autobiographie écrite par Mandela, il n’est pas simplicateur (on passe peut-être sur certains détails de sa vie privée … ainsi, on ne parle pas de tous les enfants de « Madiba ». En revanche, la complexité des relations entre ‘Madiba’ et Winnie est bien explorée…)
Côté mise en scène, il n’y a pas grand chose à redire. Nous sommes en présence d’un film hollywoodien de qualité. Chadwick filme avec autant d’intensité les paysages magnifiques de l’Afrique du Sud, scènes de violence insoutenables, manifestations, passages intimistes… Seul infime reproche : le choix de la musique, j’aurais préféré des airs un peu moins « sirupeux » pendant les scènes d’amour et plus de chants traditionnels – mais c’est un détail, et la musique permet aussi de figurer les changements d’époque.

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La forme est donc belle et soignée,  le fond historique respecté, mais l’émotion dans tout cela  ? Elle est omniprésente, elle va crescendo…  La bande annonce était prometteuse et donnait quelques frissons… Il est impossible de ne pas être bouleversé par certains faits décrits par le film (la torture du pneu par exemple, le massacre de manifestants non armés..). Impossible de ne pas verser une larme sur les violences et injustices commises, ou sur certaines répliques. Citons par exemple : « L’amour vient de façon naturelle au cœur de l’homme « , « Si j’ai pu leur pardonner, vous le pouvez aussi ! »
Ce qui est bien dans le film également, c’est la volonté de ne pas canoniser Nelson Mandela. On nous montre que c’est un homme, avec des faiblesses. De jeune avocat coureurs de jupons, Madiba devient un rebelle, au début violent, et s’oppose farouchement à l’apartheid. Enfin son message de tolérance, de non-violence et de résistance ne peut qu’impressionner le spectateur. Winnie, sa seconde épouse, est aussi dépeinte de façon nuancée.

Les deux acteurs principaux , Idris Elba en Mandela, Naomie Harris en Winnie Mandela, sont comme portés par leur personnage, on les sent vraiment investis dans leur rôle respectif.  Physiquement, il est difficile de se représenter l’athlétique Elba en un Mandela âgé de 80 ans, d’autant plus que les acteurs n’ont pas les mêmes traits. Magie du cinéma : on y croit. Elba en Mandela est une bonne surprise, il interprète avec charisme un homme emblématique. Quant à Naomie Harris, elle passe du statut de James Bond girl à celui de militante, et révèle un grand talent d’actrice.

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Au final, MANDELA : LONG WALK TO FREEDOM est une oeuvre ambitieuse qui couvre toutes les facettes de Mandela.
Chadwick nous décrit un « Madiba » humain, certes charismatique, mais avec des faiblesses.
Idris Elba et Naomi Harris sont superbes.
Un film émouvant à voir, que vous connaissiez ou non l’Afrique du Sud.

 

Nelson Mandela

MANDELA : LONG WALK TO FREEDOM

d’après l’autobiographie de Nelson Mandela parue aux éditions Fayard.

Un film de Justin Chadwick

Le 18 décembre au cinéma

Avec: Idris Elba et Naomie Harris

Durée : 2h26

Distribution: Pathé

Synopsis

 

« Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.
Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.
À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement. »

(in DP)

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2 thoughts on “[Avis] MANDELA : LONG WALK TO FREEDOM de Justin Chadwick

  1. J’avais déjà trouvé Naomie Harris très bonne dans Miami Vice et dans Skyfall, je trouve que son rôle est assez intéressant et quand même mythique en termes de personnage.

    J’ai hâte de voir le film, ne serait-ce que pour Idris Elba, qui est un acteur que j’aime beaucoup.

    1. Oui, vas-y et donne moi ton avis ! Naomie Harris est une très bonne « James Bond Girl ». Mais sa présence est plus importante dans Mandela… et elle arrive à faire évoluer nos impressions sur son personnage tout au long du film.Elle change véritablement d’image au fil de l’histoire.

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