[Critique] Lincoln de Steven Spielberg

LINCOLN-Affiche-FranceLe pitch donné par la Fox sur ce film évènement faisait saliver :

« Steven Spielberg dirige l’acteur deux fois oscarisé Daniel Day-Lewis dans le rôle-titre de LINCOLN, un film qui éclaire les derniers mois tumultueux du mandat du 16e Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l’esclavage. Cet homme doté d’une détermination et d’un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir. »

Lincoln assis (Daniel Day-Lewis)

Daniel Day-Lewis

 Veni vici Lincoln. Quand un grand réalisateur s’intéresse à un mythe de l’histoire américaine, cela donne Lincoln, une fresque  historique parfaitement  maîtrisée, avec un casting exceptionnel. Une machine à Oscars. Il aura fallu dix ans à Steven Spielberg pour porter Lincoln à l’écran en adaptant un livre de 800 pages !  Lincoln  ? I vote « Yea » ! (Lincoln  ?  Je vote « pour » et  je vous dis pourquoi ci-dessous.)

Quand j’ai appris que le rôle de Lincoln revenait à Daniel Day-Lewis, j’ai pensé Oscar d’interprétation. Après avoir vu le film, je pense qu’il a toutes ses chances pour décrocher l’Oscar du Meilleur Acteur. Dans tous ses films, il est brillant, souvenez-vous  : There Will Be Blood (une autre fresque historique sur un épisode fondateur des Etats unis),  My left foot,  Au nom du père… Daniel Day-Lewis est époustouflant : l’acteur irlandais réalise une des meilleures performances de sa carrière. Bien entendu, la réalisation, le scénario brillant, les maquilleurs et costumiers l’aident à créer cette performance « oscarisable » – d’ailleurs l’acteur est nominé, ce qui n’est pas étonnant.  Une troisième statuette pour Daniel ? Daniel Day-Lewis est un vrai caméléon et dans ce film, je n’ai reconnu que les yeux de Lewis (et encore, par moments). Pour le reste, j’avais Abraham Lincoln devant moi. Troublant !

Le film regorge d’acteurs parfaits dans leur rôle. Sally Field en First Lady est splendide (elle est également nommée aux Oscar pour ce rôle). Mary Todd Lincoln est souvent représentée comme une femme forte, mais ici on voit toutes ses failles …  Sally Field est une grande actrice et elle nous montre une Mary Lincoln complexe, à la fois forte et fragile. Ses échanges avec Lewis sont passionnés, ses réparties avec les autres acteurs sont excellentes. Tommy Lee Jones a également un très bon rôle, celui de Thaddeus Stevens.Un homme prêt à tout pour abolir l’esclavage.
L’acteur apporte aussi une touche d’humour avec ses discours plein de fougue ridiculisant ses adversaires… Tommy Lee Jones est d’ailleurs nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur second rôle masculin. La scène où il retrouve celle qui partage sa vie et où il lui montre l’amendement est extrêmement émouvante.
J’ai été enchanté de revoir James Spader, dans un rôle comique. Oui, vous avez bien lu : James Spader est drôle. Et cela fait du bien dans une histoire qui nous montre l’horreur d’une guerre civile et du racisme. Son personnage, W.N.Bilbo, n’est pas là que pour amuser la galerie : il jouera un rôle essentiel dans le vote de l’amendement. Et que dire de la retenue de David Strathairn , qui joue le bras droit de Lincoln, William Seward ? Il est parfait également. Et de Gloria Reubens qui vous arracherait des larmes avec la dignité de son personnage (Elizabeth Keckley, ancienne esclave devenue modiste et confidente de Mary Todd Lincoln) ? Il n’y a guère que  Joseph Gordon-Levitt qui ne tire pas totalement son épingle du jeu. Son personnage a été un peu négligé, comme le vrai Robert a dû être négligé par son illustre père. JGL a tout de même une très belle scène ( le moment où il se décide véritablement à s’engager dans l’armée et à s’opposer à ses parents). En résumé : Lincoln est doté d’un casting en or massif pour incarner des personnages qui ont réellement existé.
C’est l’un de ses nombreux atouts.

Lincoln - Mary Todd et ses fils

Nous savons tous plus ou moins que Lincoln a aboli l’esclavage, principale cause de la Guerre de Sécession. Mais nous ne savions pas comment Lincoln et son parti ont réussi à mettre fin à l’esclavage et à la guerre. Lincoln devait faire voter un 13e Amendement à la Constitution, pour abolir de façon permanente l’esclavage (en réalité déjà aboli dans de nombreux États, mais pas au niveau national). Vote  difficile à obtenir  à cause du système politique : il fallait obtenir la majorité des deux tiers pour parvenir à une élection. Pour cela, il fallait donc que des élus du parti  adverse (Le Parti Démocrate, alors pro esclavage) « retournent leurs vestes ».

Le 16 e Président des Etats-Unis reste aujourd’hui un symbole, un self made man devenu un  héros populaire, un « demi-dieu »… Spielberg nous montre un Abraham Lincoln humain, un homme qui se retrouve à gérer une nation divisée  par une terrible guerre civile entre le Nord et le Sud, mais aussi divisée par la couleur de la peau. Lincoln cherche à réparer ce qui est cassé. Or, tout est brisé, cassé à l’époque où commence le film :  sa famille a subi la perte d’un fils et une tentative d’assassinat,  ses convictions sur la Guerre de Sécession sont ébranlées… Abe Lincoln est un colosse aux pieds d’argile qui  pourrait s’effondrer s’il n’était pas un  » leader » et si tant de vies ne dépendaient de lui. Et pour faire passer son message, il use de toutes ses ressources, des plus nobles – son charisme, des discours motivants et des bons mots – aux plus contestables : Lincoln avait supprimé la liberté de la presse, et dans le film on découvre les tentatives de Lincoln de corrompre des élus Démocrates en leur promettant un travail ou  une promotion, bref, plus d’argent et de pouvoir. Des méthodes de corruption qui ont fait – et font toujours – recette. Mais peu importe les méthodes, ce qui compte pour Lincoln, selon Spielberg, c’est le résultat.

 Spielberg s’intéresse aux derniers mois de cet homme déterminé à « réparer » et unifier un pays entier, et à la complexité de la chose. Alors oui, 2 heures 30 de film, cela semble long (même si c’est  la norme aux films nommés aux Oscars cette année…). J’ai eu un peu peur au début, avec  tous ces noms, toutes ces histoires politiques complexes… Mais ensuite  je n’ai pas vu le temps passer. J’ai été prise par l’intrigue politique autour du vote de l’amendement (et pourtant on connaît la fin !). Parallèlement,  j’ai aimé en savoir plus sur la vie personnelle d’Abraham Lincoln, de sa femme Mary Todd et de leur entourage. On a l’impression de voir plusieurs films en un seul, tant toutes les histoires sont interconnectées !

Lincoln est magnifiquement réalisé. Steven Spielberg est un génie de la mise en scène :  il nous prend par la main et nous guide dans le récit. La photographie de Janusz Kaminski est superbe, tout en ombres et lumières, les décors sont somptueux… Rien à redire. C’est beau, un point, c’est tout. Seul bémol : bien que j’adore le travail du  compositeur John Williams, sa musique ne m’a pas marquée.

En conclusion : Avec Lincoln, Steven Spielberg va plus loin qu’une biographie filmée, il nous montre la complexité de l’Histoire américaine. Je pense que c’est un film à voir et à revoir, après avoir bien intégré le contexte  politique, économique et historique de l’époque troublée vécue par Lincoln. Un film marquant.

 

lincoln

Fiche Film

Réalisé par Steven Spielberg,

Avec Daniel Day-Lewis, Sally Field, David Strathairn, Joseph Gordon-Levitt, James Spader, Hal Holbrook et Tommy Lee Jones.

Sortie le 30/01/2013

2h29

12 nominations aux Oscars,  7 aux Golden Globes.

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