[Critique] Renoir de Gilles Bourdos avec Michel Bouquet

Sélectionné dans la catégorie « Un certain regard » du dernier festival de Cannes « Renoir » dresse le portrait de la famille Renoir en  1915 mais aussi d’Andrée Heuschling, future Catherine Hessling, femme de Jean Renoir… une bien jolie toile de cinéma pour commencer l’année !

affiche Renoir

L’affiche du film « Renoir », avec la signature de Pierre Auguste Renoir…

 

CRITIQUE

 

Renoir père (Michel bouquet) et fils (Vincent Rottiers). Un beau duo d’acteurs !

Un film sur la peinture, sur le cinéma, l’art, la guerre, les rapports familiaux… Le film de Gilles Bourdos est bien plus qu’un simple biopic sur le peintre Renoir et son fils cinéaste.

« Renoir » est une oeuvre d’art qui nous parle d’art. C’est un film académique, pictural et soigné.
Gilles Bourdos réussit à reconstituer la lumière et les couleurs de Renoir, le père. Il va sans dire que la reconstitution de la demeure des Renoir  (des vues du Domaine du Rayol) est somptueuse, tout comme les costumes… La nature, notamment les cours d’eau, est remarquablement filmée. Il s’agit certainement de rendre hommage au Fleuve de Jean Renoir et à ses magnifiques couleurs, film qui s’inspire du travail de Renoir père.
A un moment, l’image est volontairement floue, on ne voit plus que des tâches de couleurs. Et l’écran de cinéma devient une toile de peintre. Le film est contemplatif mais pas barbant.


On voit finalement peu travailler Pierre-Auguste Renoir (Michel Bouquet méconnaissable et magistral), ce film n’est pas un cours de peinture. Il ne faut pas le comparer non plus avec le « Van Gogh » de Pialat qui se concentrait sur un seul sujet  : Vincent Van Gogh. A l’époque où Auguste Renoir rencontre « Dédée », sa dernière muse , le peintre est atteint d’une polyarthrite et ce sont ses dernières années de vies : on le voit donc enfanter ses dernières oeuvre dans la douleur , mais avec recul  : « Je suis comme le bouchon qui se laisse porter par le courant». Auguste Renoir  à la fin de la vie va vers l’essentiel : la peinture de la chair, car « La chair, c’est l’essentiel ». Il est assisté par une bonne ou par son fils revenu du combat, Jean…

L’art en héritage. Jean, le » poilu » va troubler la paix familiale; en tombant amoureux de Dédée,jeune femme moderne et déterminée, il ravit le dernier modèle de son père… Et surtout il amène la guerre chez les Renoir : ses compagnons d’armes, sa blessure…  Jean ne sait pas où il va, il ne sait pas quoi faire de sa vie. En tombant amoureux et en regardant son père travailler, il va trouver un chemin, même si ce chemin ne sera pas celui dessiné par son père.L’indécis Jean Renoir est incarné par Vincent Rottiers qui, s’il ne ressemble pas au vrai Jean Renoir, crève l’écran avec ses yeux revolver et son côté à la fois gauche et sûr de lui. Un acteur passionné qui réussit à tenir tête à Michel Bouquet !
Le scénario, d’après l’ouvrage « Le Tableau amoureux » de Jacques Renoir comporte quelques longueurs. Cependant, il  ne s’attarde ni sur la peinture, ni sur la Première guerre mondiale , ni sur l’histoire d’amour… Tout est suggéré. Ainsi, le film nous raconte la guerre, par  touches impressionnistes. Comme cette rencontre entre Jean et un brocanteur opportuniste et sans scrupules. Ou encore Dédé croisant des gueules cassées lors d’une promenade à vélo. Des amis de Jean en permission qui chantent un hymne guerrier ou se laissent flotter sur l’eau, tels des cadavres…

Dédé la muse…  Christa Théret qui incarne Andrée, la muse « artiste, un peu chanteuse, un peu actrice  » du père et du fils Renoir. La jeune actrice apporte ce qu’il faut de fougue, de chair et de désir  son personnage. J’ai beaucoup aimé son jeu, c’est peut-être sa meilleure performance d’actrice. Son phrasé rapide et agressif se heurte au peu disert Vincent Rottiers. Physiquement l’interprète de la Brindille a pris quelques kilos et arbore un roux flamboyant pour ressembler à la vraie Andrée/Catherine Hessling notamment (interprète, entre autres, de « La Chienne ») et cela lui réussit plutôt bien.

D’autres personnages complètent le tableau  : Romane Bohringer en  Gabrielle Renard, l’ancien modèle et maîtresse d’Auguste Renoir fait une courte apparition. Et les deux frères de Jean sont également présents : Pierre Renoir (Laurent Poitrenaux) , l’acteur déjà connu en  1915 qui a perdu un bras durant la Première Guerre Mondiale, fait un court passage dans le film.  Son rôle le plus important fut peut-être celui de Jericho dans Les enfants du paradis de Marcel Carné.
On découvre aussi  le jeune Claude Renoir – dit Coco – le moins illustre des fils Renoir mais sans doute celui qui a le plus posé pour son père. On nous le représente sous les traits de Thomas Doret, jeune sauvageon perdu entre morbidité, désir d’aimer et d’être aimé. Chaque personnage apporte une petite touche de couleur aux portraits d’Auguste Renoir et à la palette cinématographique de son fils Jean.

Gilles Bourdos : "Source de vie du père qui meurt et du fils "pas encore né", Dédée a été le médium d'une étrange circulation de désirs, amoureux autant qu'artistiques. C'est donc par cette femme, la future Catherine Hessling, que m'est vraiment venu le désir de faire ce film."

Gilles Bourdos : « Source de vie du père qui meurt et du fils « pas encore né », Dédée a été le médium d’une étrange circulation de désirs, amoureux autant qu’artistiques. C’est donc par cette femme, la future Catherine Hessling, que m’est vraiment venu le désir de faire ce film. » (in DP)

Le film, quoique très classique,  offre de beaux moments d’émotions (la scène d’adieux entre père et fils) et devraient intéresser les admirateurs du père et du fils Renoir. C’est une réussite, alors faites vous une toile avec « Renoir » !

affiche.Renoir 2

Fiche Film 

« Renoir » de Gilles Bourdos

avec Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers, Thomas Doret, Michèle Gleizer, Romane Bohringer …

1h51.

Musique : Alexandre Desplat

Sortie le 2 janvier 2013.

Synopsis

« 1915. Sur la Côte d’Azur. Au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir est éprouvé par la perte de son épouse, les douleurs du grand âge, et les mauvaises nouvelles venues du front : son fils Jean est blessé… Mais une jeune fille, Andrée, apparue dans sa vie comme un miracle, va insuffler au vieil homme une énergie qu’il n’attendait plus. Éclatante de vitalité, rayonnante de beauté, Andrée sera le dernier modèle du peintre, sa source de jouvence.
Lorsque Jean, revenu blessé de la guerre, vient passer sa convalescence dans la maison familiale, il découvre à son tour, fasciné, celle qui est devenue l’astre roux de la galaxie Renoir. Et dans cet eden Méditerranéen, Jean, malgré l’opposition ronchonne du vieux peintre, va aimer celle qui, animée par une volonté désordonnée, insaisissable, fera de lui, jeune officier velléitaire et bancal, un apprenti cinéaste… »

Pour aller plus loin…

expo Renoir MK2

  • Pour finir quelques tableaux de Renoir…
Pierre-Auguste Renoir - Jean Renoir dessinant

Jean Renoir dessinant (Photo credit: Wikipedia)

Pierre-Auguste Renoir – Jean Renoir dessinant (Photo credit: Wikipedia)

Photo of painting Gabrielle Renard and infant ...

Gabrielle Renard et Jean. (Photo credit: Wikipedia)

Un commentaire en réponse à [Critique] Renoir de Gilles Bourdos avec Michel Bouquet

Laisser une réponse

Vous pouvez utiliser les codes HTML suivants: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>